diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
Affichage des articles dont le libellé est #honte. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est #honte. Afficher tous les articles

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 80

En revenant, dans le couloir, j'eus comme un mauvais pressentiment et pof ! madame la principale me tomba dessus.

« Dites voir ! Qu'est-ce que vous faites sans votre tablier ? »

J'le sentais ! pourquoi fallait qu'ça tombe sur moi ? Les autres, on leur dit jamais rien et moi, j'ai le droit de rien faire !

« Le port du tablier est obligatoire, dans cet établissement. Où est le vôtre ? demanda calmement la principale.

- Dans mon cartable, répondis-je d'une petite voix hésitante.

- Qu'est-ce qu'il fait dans votre cartable ?

- J'croyais qu'c'était plus obligé pour les 5ème.

- Vous pensiez que c'n'était plus obligé pour les 5ème ! Qu'est-ce qui vous a mis cette idée dans la tête ? Vous avez vu quelqu'un de cinquième qui ne portait pas son tablier ?

- Ououi… mais ch'sais plus qui c'était.

- Vous ne vous souvenez pas qui est la première que vous avez vu sans son tablier ?

- Non, j'm'en souviens pas. »

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 71

Un autre soir, pareil, à Cesson , en revenant de l'école, Carole repassa à l'attaque, me rejoignant sur le trottoir juste pour me dire d'enlever mon tablier ; comme si elle s'imaginait que j'allais faire à son idée.

« Tu l'fais exprès pour te faire remarquer ou quoi ?

- Quoi ?

- Tu vois pas qu't'es la seule, dans la classe, qui porte encore son tablier ? Moi, à ta place, j'me sentirais mal. Fais comme tout le monde ! Laisse-le dans ton cartable !

- N'importe quoi ! Le tablier, il est obligatoire pour tout l'monde. Tu l'sais bien.

- Tu vois bien qu'non. Regarde autour de toi, au lieu de rester tout l'temps le nez dans tes chaussures ! »

Mouais, des fois, je voyais que des filles oubliaient de mettre leur tablier et puis, quand il y avait des rappels à l'ordre, elles le remettaient.

Tant qu'à l'enlever pour le remettre, autant le garder.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 70

« Qu'est-ce que ça peut t'fiche, à toi, si j'porte mon tablier ?

- Tu vois pas qu't'as l'air d'une idiote, avec ça dans Cesson ? Enlève-le ! Pourquoi tu l'gardes ?

- Ouais ben j'aurais l'air encore plus idiot si j'me déshabillais en pleine rue. Moi, j'mets mon tablier le matin avant d'partir, avec mon manteau et mes chaussures et j'le retire le soir quand j'arrive. Tu faisais pareil, avant.

- Mais les temps ont changé.

- N'importe quoi ! En plus, à force d'attendre le dernier moment pour l'enfiler, des fois, y en a qui oublient carrément d'le mettre en classe.

- Eh ben, oublie-le, toi aussi !

- N'importe quoi ! »

Il n'était pas si moche que ça, ce tablier. Il était anodin. Et puis moi, de toute façon, personne ne m'aimait. Alors, mon apparence physique, je ne m'en préoccupais pas. En plus, ma mère était tellement radine qu'elle ne m'achetait jamais de vêtements. J'avais toujours des vieilles sapes que ma grande sœur avait portées dix ans plus tôt et quelques habits donnés par des amis de la famille, qui n'allaient plus à leurs filles. Alors, porter un tablier par-dessus, ça ne changeait rien pour moi. Qu'est-ce que ça pouvait bien changer pour Carole ? Elle ne marchait même pas à côté de moi.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 69

À Voisenon, nous devions porter un uniforme, au sens large. En fait, nous avions le droit de mettre les habits que nous voulions pourvu que le bas (jupe, pantalon ou robe) fût bleu marine (jeans interdit) et le haut bleu ou blanc ; et, par-dessus, nous portions un tablier bleu marine, le même pour toutes les classes de la sixième à la terminale, vendu dans une boutique à Melun (même que ma mère avait dit qu'il n'était vraiment pas donné).

À Voisenon, j'avais toujours vu toutes les filles se conformer à cette règle sans faire d'histoires sauf que, depuis quelques temps, quand nous montions dans le car, le soir après l'école, je voyais des filles qui s'empressaient de retirer leur tablier, comme s'il pesait trop lourd sur leurs épaules, qu'elles étouffaient dessous et ne le supportaient plus. Les grandes ne faisaient pas cela, elles gardaient toutes leurs tabliers bien sagement comme ça s'était toujours fait. C'est seulement des filles de ma classe qui se comportaient ainsi. Carole s'était donc mise à en faire autant tandis que moi, c'était le dernier de mes soucis.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 68

Notre car de ramassage scolaire nous prenait le matin et nous déposait le soir sur la place Vernot. Ensuite, Carole et moi avions un petit bout de chemin en commun, après quoi Carole bifurquait à gauche, dans Cesson-l'Église tandis que je continuais tout droit, vers la gare. Vous l'aurez compris, notre petit bout de chemin en commun, nous le parcourions rarement côte à côte.

Ce soir-là, je marchais sur le trottoir, bien tranquillement, pour rentrer chez moi, quand Carole, quelques mètres derrière, pressa le pas pour me rejoindre et me dire :

« T'as pas honte de t'trimballer dans la rue avec ce vieux tablier hideux ! Retire-le donc !

- Hein ?

- On n'est pas à Voisenon, ici. T'es pas obligée d'porter ton tablier. Alors, qu'est-ce que tu fiches avec ça sur le dos ? »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 67

D'un coup, les joues de Carole devinrent bien plus sanguines qu'aucune orange présente en ce réfectoire et elle bredouilla nerveusement :

« Mais non ! Non ! Chuis pas raciste ! Pas du tout ! »

comme si j'en avais quelque chose à fiche, moi, des sentiments que lui inspiraient les races ! Je blaguais !

Moi, y a plein d'gens qui m'aiment pas. Et alors ? Ys ont l'droit. Y a qu'les despotes qui veulent forcer les autres à taire les sentiments négatifs qu'ils leur inspirent.

Par contre, pour Carole, ça avait l'air grave de s'entendre soudainement accusée d'être raciste, comme si un sentiment inavoué et inavouable, caché au fond de son cœur, venait d'être étalé au grand jour. C'est ce qui s'appelle faire un complexe. Carole était bourrée de complexes ; si bien qu'il fallut un moment avant que cela fît le tour dans sa petite cervelle d'oiseau et qu'elle réalisât que j'étais en train de me payer sa tronche, vu qu'il n'était question là que d'oranges.

Se sentant bête, elle tourna la tête dans tous les sens pour savoir qui la regardait, qui l'avait vue se ridiculiser. Vexée et en colère, elle décida que je n'avais plus le droit de lui parler jusqu'à ce que je vinsse lui présenter des excuses et lui donner, devant ses copines, la définition du mot raciste.

Mais bon, ça, c'était au premier trimestre de la sixième. Lorsque nous nous retrouvâmes dans la même classe en cinquième, elle commençait à être lassée d'attendre.