diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 79

Tout le monde me regardait, tout le monde attendait ma réaction. Visiblement, toute la classe partageait l'avis de Marie-Annick mais je ne perçus aucune pression exercée sur moi, ce qui aurait été suffisant pour que je me renfermasse sur moi-même et qu'on ne pût rien obtenir de moi. Même Marie-Annick, quand elle voulait m'embêter, elle venait à côté de moi alors que, là, elle ne me parlait que depuis sa place, de l'autre côté de la classe.

« De quoi t'as peur ? insista-t-elle. Si on t'dit quelque chose, t'auras qu'à répondre que tu croyais qu'c'était plus obligé pour les 5ème. »

C'est vrai, après tout. Pourquoi ça serait obligé pour moi alors que les autres, elles le mettent jamais, ni dans la classe, ni dans les couloirs, ni au réfectoire, ni dans le parc et on leur dit jamais rien.

Du coup, je me levai, enlevai mon tablier, le pliai et le rangeai au fond de mon cartable. Sur ce, je quittai la classe pour aller aux cabinets.

extrait de Les 5ème

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 77

Soudain, je fus sortie de mes rêveries par une voix forte qui s'éleva dans la classe :

« Tu l'aimes bien, ton tablier ? »

Je tournai la tête vers cette voix et vis Marie-Annick, debout près de sa table, qui me regardait de même que ses copines autour d'elle. Aucune d'entre elles n'avait son tablier, évidemment, puisqu'il s'agissait du groupe de filles les plus désobéissantes de la classe.

Le pire, c'est que non loin d'elles, debout devant sa table également, il y avait Carole, sans son tablier, qui me regardait pareil.

Èes s'sont donné le mot ou quoi ? Carole est devenue copine avec Marie-Annick ? c'est pas croyable, ça !

extrait de Les 5ème

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 76

Dans la classe, pendant les récréations, les filles, entre copines, se racontaient leurs petites histoires, se faisaient des coiffures, jouaient à la crapette, jouaient à la crapette et jouaient à la crapette. Quant à moi, je restais tout le temps toute seule dans mon coin, assise à ma place, à me raconter en boucle de jolies histoires imaginaires de cabane que j'aurais bâtie dans la forêt avec celui qui aurait été mon amoureux, afin d'y élever notre futur bébé.

extrait de Repérées

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 72

Le lendemain, pendant la récréation, toutes les filles étaient restées dans la classe, comme c'était souvent le cas. Certaines étaient à leurs places avec toutes leurs copines autour d'elles ; d'autres n'étaient pas à leurs places parce qu'elles étaient allées rejoindre leurs copines un peu plus loin ; d'autres encore n'avaient pas besoin de quitter leurs places puisqu'elles s'étaient mises côte à côte entre copines au début de l'année, notamment Marie-lise et Valérie.

extrait de Repérées

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 110

- Et qu'est-ce qu'on est supposés en faire ?

- Vous êtes nos juges. L'année dernière, quand tout a été dit, on n'en a plus jamais parlé. Le dossier est fermé, en attente d'être jugé, par un grand, du CM2. On s'attendait à ce qu'il y ait un nouveau, quand on serait en CM2, et que ce serait lui le grand juge de notre histoire ; et vous êtes trois.

- Ben oui mais vous aussi, maintenant, vous êtes en CM2. Alors, on n'est pas plus grand que vous.

- Oui mais nous, on a tous parlé quand on était en CM1. On n'a plus rien à dire. Y a plus qu'à vous de prendre la parole. Alors, ici, dans l'école primaire, vous êtes les trois seuls grands qui pouvez encore parler. Du coup, vous êtes les juges de notre histoire. C'est à vous de savoir si elle doit être validée ou pas. Pour nous, tout est bouclé, on peut plus rien changer. C'est pour ça que la pièce manquante, tu dois pas la garder que pour toi. Elle est pour vous trois, Véronique, Olivier et toi.

extrait de Cour d'Histoire

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 108

À son tour, Muriel me raconta une histoire drôlement bizarre. L'année précédente, au CM1, pendant la récré, un enfant confia à un de ses copains avoir eu une vision. Il se trouva que le copain en question avait eu une vision, lui aussi. Ils se les racontèrent mutuellement et, ce qui leur parut le plus bizarre, c'est que leurs deux histoires magiques avaient l'air de s'emboîter l'une dans l'autre. Le même scénario se produisit à un autre endroit de la récré, entre d'autres enfants et ailleurs encore. Dans tous les coins de la récré, des enfants se dirent entre eux avoir eu des visions et, toujours, elles avaient l'air de coïncider les unes avec les autres. Les informations circulèrent dans la cour de récréation. Il s'avéra que chaque enfant du CM1, sans exception, avait vu quelque chose. Alors, ils se réunirent tous ensemble et mirent en commun toutes leurs histoires magiques.

Donc, au CM1, pendant que moi, à Courbevoie, j'avais formé un cercle de discussion avec toutes les filles de ma classe autour de la politique, les enfants de Cesson en avaient fait de même autour de la magie.

En définitive, les enfants de Cesson s'étaient rendu compte que toutes leurs histoires magiques s'imbriquaient les unes dans les autres comme les pièces d'un grand puzzle mais auquel il manquait une pièce pour être complet. Pourtant, tous les enfants de Cesson avaient parlé. Alors, qui donc pouvait détenir la pièce manquante ?

extrait de Cour d'Histoire

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 103

Le tumulte de voix redoubla pour couvrir la mienne. Je n'entendais plus que :

« Jette dans la poubelle ! Jette dans la poubelle ! »

répété et répété encore, de sorte à empêcher mon cerveau de penser autre chose que ces quatre mots. Je ne pouvais rien faire, j'étais complètement déstabilisée par ces voix imaginaires qui me remplissaient la tête.

Ben, j'comprends qu'la plupart des filles, à ma place, èes iraient vite se débarrasser d'leur balle dans c'te fichue poubelle publique et partiraient en courant. Tu m'étonnes ! Ouais mais là, c'est la balle à Olivier que j'tiens et il est pas question d'en faire cadeau aux serpents. Ça, non ! Dans la cour de récréation, c'est Olivier l'plus fort pour prendre ma défense contre Gildas mais dans l'monde des cauchemars, c'est moi la plus forte parce que moi, j'ai pas peur. J'ai combattu des monstres bien plus terribles, à Courbevoie. C'est moi qui dois protéger Olivier.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 96

De retour à la maison, je trouvai la solution dans la salle de jeux, dans la vieille caisse à jouets pleine de bric-à-brac. Mais oui, je savais bien qu'il y traînait une vieille balle de tennis qui ne servait à rien !

Le tantôt, j'emportai cette balle à l'école, non sans avoir, au préalable, déposé un baiser dessus. Arrivée à l'école, je la tendis à Olivier d'un geste anodin, il la prit d'un même geste anodin et se dirigea vers les autres enfants de la classe, balle en main, comme s'il s'agissait d'un vulgaire matériel scolaire destiné à la collectivité ; alors que, cette balle, c'était celle qui ne devait pas tomber dans le jardin du voisin.

Le voyant partir ainsi, je m'empressai de l'avertir :

« Par contre, fais attention ! C'est pas une balle ordinaire, elle est ensorcelée. »

Olivier s'arrêta et me regarda, intrigué et moi, je me sentis toute bête.

Qu'est-ce qui m'a pris d'lui dire ça ?!

Voulant me rattraper - ou pas - j'ajoutai :

« Nan, euh… c'est pas grave. Tu peux l'emmener chez toi mais la mets pas dans ta chambre pour dormir, èe fait faire des cauchemars. »

Olivier rangea soigneusement la balle dans son cartable et en sortit une autre, d'aspect bien plus neuf, avec laquelle il entraîna les enfants dans ses jeux.

extrait de Malédiction

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 94

Les enfants de la classe étaient gentils. Quand ils jouaient à la balle au prisonnier, ils voulaient bien me prendre dans leur équipe. Par contre, c'était considéré comme de la triche si quelqu'un m'envoyait la balle.

Pendant un moment, le jeu consistait à faire rebondir une balle de tennis sur un mur, au fond de la petite cour. Le problème, c'est que la balle finissait parfois dans le jardin du voisin qui en avait marre et s'était plaint que des enfants entraient dans son jardin en escaladant le mur. Un rappel fut fait en classe comme quoi il était interdit d'entrer dans le jardin du voisin. Si une balle tombait chez lui, il fallait aller sonner à son portail et la lui demander poliment, en évitant que cela ne se reproduisît.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 93

Au début de chaque récréation, je restais toujours dans mon coin, timidement, tête baissée, n'osant pas me joindre aux autres mais toujours une voix m'appelait, toujours la même. À qui donc appartenait cette voix ?

M'étant posé la question, au début de la récréation suivante, j'allai me placer, comme d'habitude, en marge du terrain, tête baissée, et j'attendis mais dès que le rituel : « Angélique, viens ! » se fit entendre, je levai les yeux en direction de la voix, rapidement parce que ça bouge, sur le terrain, et vis Olivier détourner le regard précipitamment.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 92

Petit à petit, les enfants de la classe se mirent à jouer tous ensemble au ballon. C'était sympa, comme ambiance, mais moi, je ne savais pas jouer au ballon ; je ne savais d'ailleurs pas jouer du tout dans une cour de récréation.

J'avais quitté les débats politiques de la ville pour les jeux de ballon de la campagne et je me sentais bien incapable d'y participer. Je n'étais pas sportive et j'avais la vue abîmée par les traumatismes que j'avais subis quand j'avais cinq ans. Je n'étais pas au niveau pour jouer avec les autres et j'étais bien trop timide pour oser entrer dans le groupe mais, toujours, du milieu du terrain, une voix appelait mon prénom et il n'y avait pas d'autre Angélique. Alors, je venais me placer dans le groupe et je restais là, debout. Je ne jouais pas, je ne savais pas. Je me sentais incapable de jouer et j'étais pétrifiée par la timidité mais j'étais là, au milieu des autres qui jouaient, au lieu d'être toute seule dans mon coin.