diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 123

Le soir, après l'école, j'allai dans ma chambre, je m'affalai sur mon lit et les propos de cette fille me revinrent à l'esprit. L'enfance était-elle terminée pour moi ? Aujourd'hui ? Dans trois jours ? Dans trois mois ?

Non, ce n'était pas terminé. Il me restait une chose à faire : jouer ma carte dans la grande histoire magique des enfants de Cesson.

Je me levai, pris une feuille, en déchirai un lambeau sur lequel j'écrivis :

J'aime Olivier Vinolo

Je sortis de chez moi, le morceau de papier, plié en petit bout, au creux de mon poing, traversai la route et vins m'arrêter devant la poubelle publique.

J'y lâchai mon message et, parlant à haute voix sur le ton solennel de la magie, je m'adressai aux serpents en ces termes :

« Obéissez-moi ! car je dis la vérité. »

Les garçons de la bande des serpents m'observèrent en silence.

extrait de Rock in a bottle

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 107

Cette histoire me turlupinait. Il fallait que j'en parlasse à Muriel. Je lui racontai le coup de la balle de tennis qu'Olivier avait crue ensorcelée pour de vrai, les serpents que j'avais vus surgir de la poubelle publique pour s'en emparer ; ces mêmes serpents que j'avais déjà vus en cauchemar quand j'étais petite… et puis, aussi, la drôle d'impression que j'avais eue, étant petite, au cours d'une messe dans notre petite église Cessonaise, que le prêtre envoyait des cauchemars dans la tête des fidèles… et puis, le fait de m'être sentie, un jour, appelée par Cesson à faire partie de son histoire.

Muriel, m'ayant écoutée attentivement, s'écria soudain :

« Mais alors, c'est toi, la pièce manquante ! »

extrait de Cour d'Histoire

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 106

Je repris ma marche paisible et décidée jusqu'à chez moi. Les voix des serpents s'étaient calmées mais je les percevais toujours autour de moi…

Et c'est moi qui décide comment j'rédige mon livre !

… observant le chemin que je prenais, le portail, la façade de la maison dans laquelle j'entrais et jusqu'à la vieille caisse à jouets de ma petite enfance dans laquelle je rangeai devant eux la balle ensorcelée.

Puis, plus rien.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 105

La présence des serpents se déplaça de la poubelle jusqu'à moi. Ils m'encerclèrent, me parlant de tous côtés, dans un tumulte qui me donnait le vertige.

Mettons qu'ils devaient être six !

Je les sentais presque me toucher, j'avais la tête qui tournait, je n'arrivais plus à penser et je restai là, immobile, les pieds sur le trottoir, les yeux rivés sur la balle, à la recherche d'une septième voix que je croyais devoir être la mienne.

Elle est ensorcelée. Reprends-la !

Tout à coup, j'eus un déclic et ma réaction coupa net la parole aux serpents :

« Et puis d'abord, qu'est-ce que vous lui voulez, à la balle à Olivier ? En quoi èe vous intéresse ? »

Silence !

« Si vous la voulez, vous aurez qu'à venir la chercher chez moi. »

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 104

Les voix des serpents se faisaient toujours plus pressantes :

« Jette dans la poubelle ! Jette ! Tu nous le dois. »

Je dus faire de gros efforts de concentration pour garder le contrôle de ma raison et la leur opposer.

C'est ainsi que j'énonçai dans ma tête, clairement et distinctement, mot après mot :

« En quoi le fait d'avoir envisagé de jeter un objet dans une poubelle me rendrait redevable envers cette poubelle ? Vous pouvez m'expliquer ?

- Quoi ?

- Si j'décide que j'ai pas envie d'jeter ma balle à la poubelle, j'la jetterai pas. J'vous dois rien. »

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 103

Le tumulte de voix redoubla pour couvrir la mienne. Je n'entendais plus que :

« Jette dans la poubelle ! Jette dans la poubelle ! »

répété et répété encore, de sorte à empêcher mon cerveau de penser autre chose que ces quatre mots. Je ne pouvais rien faire, j'étais complètement déstabilisée par ces voix imaginaires qui me remplissaient la tête.

Ben, j'comprends qu'la plupart des filles, à ma place, èes iraient vite se débarrasser d'leur balle dans c'te fichue poubelle publique et partiraient en courant. Tu m'étonnes ! Ouais mais là, c'est la balle à Olivier que j'tiens et il est pas question d'en faire cadeau aux serpents. Ça, non ! Dans la cour de récréation, c'est Olivier l'plus fort pour prendre ma défense contre Gildas mais dans l'monde des cauchemars, c'est moi la plus forte parce que moi, j'ai pas peur. J'ai combattu des monstres bien plus terribles, à Courbevoie. C'est moi qui dois protéger Olivier.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 102

Ils se mirent à me parler tous en même temps, de sorte à créer un tumulte dans ma tête. Certains disaient des choses apparemment incohérentes. D'autres me faisaient entendre que c'était moi qui avait ouvert en moi les portes de ce tumulte parce que j'avais fait le geste (dans mes pensées) de leur jeter ce que je tenais dans la main et que, donc, je leur avais donné ; que c'était à eux, que je n'avais pas le droit de leur reprendre et que le tumulte de voix que j'entendais dans ma tête ne cesserait que lorsque j'aurais finalisé mon pacte en allant déposer dans la poubelle publique ce que je leur avais déjà donné par la pensée.

« C'est plutôt vous qui devriez m'dire c'que vous faisiez là, cachés dans la poubelle, à guetter ma balle comme une proie »

leur rétorquai-je.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 101

Les serpents s'étaient trahis devant mon aplomb et il m'apparut que mon seul et pire cauchemar de Cesson, ce n'étaient rien que des enfants, une bande de mauvais garnements qui s'amusaient à faire peur aux filles.

Se voyant démasqués, ils se dirent entre eux :

« Faut qu'elle ait peur de nous ! Faut lui faire peur ! Faut pas la laisser partir avec c'qu'èe tient dans la main ! Faut qu'èe nous l'donne ! »

Alors ça, c'est c'qu'on va voir !

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 78

Bref, mon pire cauchemar de Courbevoie, c'était le diable qui me poursuivait après avoir emporté tous les habitants de l'immeuble parce que j'étais la dernière survivante ; tandis que mon seul et pire cauchemar de Cesson, c'était un ours en peluche qui se faisait bouloter par des serpents affamés. Autant dire que Cesson me paraissait beaucoup plus sympathique que Courbevoie.

En fait, Cesson recelait dans ma mémoire trois mystères : le mystère des serpents de Cesson, le mystère de la messe de Cesson et le mystère de l'appel de Cesson.

Le mystère de la messe de Cesson, c'était une impression de cauchemar sans vraiment en être un.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 77

La mairie installa des poubelles similaires dans tous les coins de Cesson. Alors, forcément, tout Cesson me rappelait sans cesse au souvenir des serpents.

À cinq ans :

« C'est pas possible, c'était un cauchemar. »

À six ans :

« Comment ça s'pourrait, sinon ? Mais non, c'était un cauchemar de bébé. »

À sept ans :

« Maman, c'est déjà arrivé qu'on voit des serpents dans une poubelle publique ?

- Ben non, t'as rêvé.

- Ouais, sûrement. »

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 76

On m'éloigna de quelques pas, sur le chemin du retour, pour me dire :

« Ça y est ! c'est fini. Là ! tout va bien. »

tandis que Tonton était resté en arrière, près de la poubelle, comme s'il parlait aux serpents.

Plus tard, dans la journée, je retrouvai mon nounours à la maison, tranquillement posé sur un canapé. Pourtant, avant la balade, j'étais persuadée qu'il était rangé dans la salle de jeux. J'en aurais mis ma main à couper.

Je me souvenais avoir fait un drôle de rêve, dans l'après-midi, mais je ne me souvenais ni être allée faire la sieste ni m'en être réveillée.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 75

Entre l'épouvante et l'insistance sous laquelle on me mettait à regarder, je les vis quand même, à travers la paroi de la poubelle et j'en fus terrifiée. Alors, je dus avouer tout le mensonge.

« Y a mon nounours, dans la poubelle !

- Qu'est-ce qu'y fait dans la poubelle, ton nounours ?

- Il est tombé. »

Et je vis, à travers l'écran de la paroi de la poubelle, les serpents attaquer mon nounours. Le pauvre petit nounours se faisait chahuter dans tous les sens mais il riait parce qu'il ne comprenait pas qu'il était agressé, dévoré. Et moi, je pleurais.

Je ne pouvais que regarder. Mon nounours se faisait déchiqueter par les méchants serpents. Il était nu, c'était obscène et il riait. Mon pauvre petit nounours mourait dans la honte et moi, je pleurais. J'étais tétanisée.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 74

- Si, ils sont là. Viens voir ! »

Maman vint se pencher à son tour au-dessus de la poubelle et confirma qu'il y avait bel et bien des serpents.

« Viens ! Regarde ! »

Je ne voulais pas m'approcher de la poubelle parce que j'avais peur des serpents. J'avais peur qu'ils en jaillissent et me sautassent dessus.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 73

Tata se pencha quand même, regarda à l'intérieur de la poubelle et déclara très sérieusement :

« Ah ! oui, en effet, y a des serpents. »

La frayeur de cette annonce me parcourut l'échine. Comment se faisait-il que Tata avait vu des serpents dans la poubelle ? Il n'y étaient pas quand j'avais mis le nounours.

Sans doute Tata avait-elle cru voir des serpents dans la poubelle parce qu'elle avait cru le mensonge. Alors, je devais l'avouer un petit peu.

« Y a pas d'serpents, dans la poubelle.

- Mais si, je les vois, insista Tata très calmement.

- Nan, ys sont partis. Y en a pus.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 72

Je vis tata Lili qui se penchait pour regarder dans la poubelle et je vis venir le moment où j'allais me faire gronder.

« Non ! faut pas regarder, expliquai-je à Tata.

- Ah, bon ? Pourquoi ? questionna-t-elle en se redressant.

- Parce que y a des serpents. »

C'était quand j'avais quatre ans. C'était la première fois de ma vie - et sans doute la dernière - que j'inventais pareil mensonge. Je fus très fière de ma trouvaille subite. Je croyais que la peur des serpents éloignerait tout le monde de cette fichue poubelle.