diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 119

Alors là, j'arrêtai tout, me tournai vers Murielle et la dévisageai. Comment une fillette de onze ans pouvait-elle trouver le moyen de juxtaposer les deux propositions je vois des viols et c'est beau ? Bon, d'accord, Murielle, c'est Murielle et c'est pour ça que j'avais voulu qu'elle fût mon amie mais là, quand même, je trouvais qu'elle était un peu trop Murielle à mon goût !

Elle ne rigolait même pas sa boutade, cela n'en n'était pas. Elle avait l'air troublé, mon regard réprobateur semblait la mettre mal à l'aise. Forcément, quand on est Murielle à ce point-là, le regard des autres peut être dur à soutenir. Murielle est une personne à part.

« Moi, j'veux bien continuer à être ton amie mais, pour ça, y faut qu'j'arrive à comprendre ton point de vue. Pourquoi tu dis qu'c'est beau en parlant d'viols ?

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 115

Le tantôt, Muriel vint sonner à mon portail. Je la fis entrer et la menai dans l'arrière-cour.

« C'est pas souvent qu'tu viens chez moi ! C'est qu'tu t'es dit qu'j'avais rencontré l'grand sorcier d'Cesson et qu'tu veux savoir c'qui s'est passé ?

- Non, non. Ça m'regarde pas, qui tu rencontres. Juste, s'y reste kek'chose que tu veux m'dire, chuis là mais c'est pour toi. Moi, y a rien qu'j'ai besoin d'savoir.

- Ben non, moi, j'vois rien à dire. Tu m'apprends à jouer à la balle ?

- Ouais, s'tu veux. »

Je courus à la salle de jeux, repris la fameuse balle, revins me placer à une distance raisonnable de Muriel et la lui lançai.

Contrairement à moi, Muriel était très sportive et jouait très bien au ballon. D'un geste habituel, elle plaça ses mains devant elle, observa la trajectoire de la balle… mais l'expression de son regard se transforma en voyant arriver sur elle le projectile, qu'elle esquiva finalement, comme si elle y avait vu un danger.

Et ma pauvre balle, une fois de plus, tomba sur le sol sans qu'aucune main ne l'eût rattrapée.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 111

- Mais moi, sur quoi j'pourrais m'appuyer pour savoir si votre histoire doit être validée ou pas ? J'la connais pas, votre histoire. Moi, j't'ai raconté toutes mes histoires imaginaires mais toi, tu m'as raconté que dalle. »

Un peu plus tard, Muriel m'annonça que j'allais rencontrer quelqu'un qui m'en dirait plus.

C'est finalement le 14 juillet, dans un jardin cessonnais, que je fis la rencontre du grand sorcier de Cesson. Il était beaucoup plus petit que je ne m'étais imaginé.

extrait de Cour d'Histoire

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 76

On m'éloigna de quelques pas, sur le chemin du retour, pour me dire :

« Ça y est ! c'est fini. Là ! tout va bien. »

tandis que Tonton était resté en arrière, près de la poubelle, comme s'il parlait aux serpents.

Plus tard, dans la journée, je retrouvai mon nounours à la maison, tranquillement posé sur un canapé. Pourtant, avant la balade, j'étais persuadée qu'il était rangé dans la salle de jeux. J'en aurais mis ma main à couper.

Je me souvenais avoir fait un drôle de rêve, dans l'après-midi, mais je ne me souvenais ni être allée faire la sieste ni m'en être réveillée.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 75

Entre l'épouvante et l'insistance sous laquelle on me mettait à regarder, je les vis quand même, à travers la paroi de la poubelle et j'en fus terrifiée. Alors, je dus avouer tout le mensonge.

« Y a mon nounours, dans la poubelle !

- Qu'est-ce qu'y fait dans la poubelle, ton nounours ?

- Il est tombé. »

Et je vis, à travers l'écran de la paroi de la poubelle, les serpents attaquer mon nounours. Le pauvre petit nounours se faisait chahuter dans tous les sens mais il riait parce qu'il ne comprenait pas qu'il était agressé, dévoré. Et moi, je pleurais.

Je ne pouvais que regarder. Mon nounours se faisait déchiqueter par les méchants serpents. Il était nu, c'était obscène et il riait. Mon pauvre petit nounours mourait dans la honte et moi, je pleurais. J'étais tétanisée.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 63

L'amour, c'est dans la réalité qu'il faut le chercher, pas dans l'imaginaire. La vie, c'est fait pour ça.

Les grandes personnes disent que c'est vingt ans, l'âge de l'amour. Et pourquoi donc ? Pour se chercher un mari ?

Soit dit en passant, ce sont les mêmes grandes personnes qui parlent de garder un cœur d'enfant. Parlent-elles d'un cœur fermé à l'amour ?

Quand j'étais en maternelle, il y avait un garçon aux cheveux blonds et bouclés qui revenait souvent dans mon champ de vision. Je ne l'aurais probablement pas gardé dans ma mémoire si ma grande sœur ne m'avait pas demandé un jour qui était mon amoureux de maternelle. Jusque-là, ni Camille ni moi n'étions conscients de vivre une histoire d'amour mais c'était le cas.

L'amour, il est là, il est présent, là où on vit. Il ne faut pas fermer les yeux sur lui sous prétexte d'être fidèle au mari qu'on aura plus tard. Ce n'est pas lui faire honneur que de fermer son cœur à l'amour tout au long de son enfance. Ce n'est pas ça, la fidélité.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 62

- Alors, écoute-le ! Quand tu auras entendu ce qu'il a à te dire, il te laissera tranquille. Quand tu es venue me parler de tes histoires imaginaires, je les ai trouvées bien tourmentées mais, en définitive, l'enfant dans le tourment, c'est Nicolas. C'est lui qui cause tout ce remue-ménage parce que son message n'est pas entendu. Alors, retourne dans ta chambre et écoute-le !

- Meh ! j'ai pas fini d'raconter mes histoires, moi. J'ai même pas encore parlé de l'Ange Noir.

- Je ne veux plus rien entendre. Va dans ta chambre ! Écoute Nicolas ! »

trancha mon père, avant de se replonger dans sa lecture.

Pfff ! Qu'est-ce qu'y y a ? Qu'est-ce que vous avez tous à me regarder comme ça ? Vous voulez que j'vous parle de Nicolas ? Je n'ai rien à en dire. S'il existe, qu'il se manifeste, en chair et en os !

extrait de Le Fantôme

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 61

- Et si moi, j'veux pas l'écouter ?!

- Pourquoi tu voudrais pas l'écouter ? Et si moi, j't'écoutais pas ? T'as voulu venir me raconter tes histoires imaginaires et j'ai pris de mon temps pour les écouter. J'étais pas obligé. Tout l'monde a un imaginaire et personne n'embête les autres avec, en général. Pourtant, j't'ai écoutée. T'aurais voulu que j'te dise : "va-t'en", "j't'écoute pas", "t'existes pas" ?

- Mais moi, le soir, j'reste dans mon lit, je hante pas les chambres des autres, chuis pas un fantôme…

- Ne l'traite pas d'fantôme ! C'est un enfant. Tu voudrais qu'il meure ?

- Mais non, j'veux pas qu'y meure, j'veux qu'y m'laisse tranquille.

extrait de Le Fantôme

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 59

Mon père eut un sursaut en m'entendant imiter la voix du petit Nicolas, regarda fixement dans les airs, à côté de moi, comme s'il y voyait l'enfant en question et me gronda :

« Ben alors, pourquoi tu l'traites de fantôme ? »

comme si cette saleté de Fantôme venait de se plaindre à mon père que je l'embêtais !

« Parce que ! j'en ai marre, à la fin. Il est tout l'temps dans ma chambre. Tous les soirs, avant de m'endormir, j'peux jamais penser tranquillement, toute seule dans ma tête. Faut toujours qu'y la ramène. Alors, moi, j'lui dis : "Tu hantes ma chambre, c'est qu't'es un fantôme. Va-t'en !"

extrait de Le Fantôme

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 58

« Mort, Nicolas ? bredouillai-je. Mais quand ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment ça s'fait qu't'es au courant ? Tu l'connaissais ?

- Non, moi, j'en sais rien mais si tu dis qu'c'est un fantôme, c'est que tu le perçois comme étant mort, continua mon père sur le même petit ton délicat.

- Mais non ! m'exclamai-je, c'est une blague. J'le surnomme le Fantôme parce qu'il aime pas que j'l'appelle comme ça mais il est pas mort, j'crois pas. J'ai pas l'impression d'le voir dans la mort. Il a l'air en pleine forme, en tout cas. Même, quand il a ses p'tits nerfs, y rouspète : "Chuis pas un fantôme ! J'existe et je m'appelle Nicolas !" »

extrait de Le Fantôme

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 57

Là, nous étions dans les années 1970 et le schéma ancestral était plus ou moins remis en cause mais bon…

« Moi, d'façon, j'risque pas d'le perdre, l'"Amoureux". C'est l'Fantôme. Il est tout l'temps fourré dans ma chambre, çui-là !

- Mais, il est mort. »

objecta mon père sur un petit ton délicat, comme s'il avait peur de m'ébranler.

Effectivement, je me sentis déstabilisée par cette annonce, alors qu'il ne s'agissait que d'un personnage imaginaire, pas de quelqu'un que je connaissais réellement.

extrait de Le Fantôme

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 56

Quand la petite fille a perdu le premier amoureux de son cœur, son nounours, elle le cherche, toute sa vie, mais ne le retrouve pas forcément. Il y a des garçons qui savent sa détresse et s'en servent pour l'attirer à eux et lui tendre des pièges et elle, elle se laisse prendre au piège parce qu'elle croit retrouver en ces amants l'Amoureux perdu.

C'est donc pour protéger toutes les filles qui jouent le rôle de celles qui ont perdu l'Amoureux que les sociétés patriarcales de nos ancêtres ont conçu la figure du mari. À la base, ça ne répond à aucun sentiment de supériorité de la part de l'homme. Le sort de l'Âme Sœur est courageux mais périlleux parce qu'elle est prise entre deux feux, entre deux rivaux, ce qui la rend vulnérable et c'est pour ça que le schéma de la culture ancestrale lui offre une protection continue : à la naissance, l'Époux lui donne pour mission de trouver l'Amoureux et la confie à un père, choisi dans le monde des mortels. Une fois devenue grande, si elle a échoué dans sa mission, elle est confiée à un mari, choisi à son tour par le père dans le monde des mortels. Le mari prend le relais pour la protéger de ses amants et devra répondre de son âme devant l'Époux le jour de sa mort.

extrait de Le Fantôme

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 55

Dans notre civilisation, on parle d'Époux et d'Âme Sœur. Ils sont séparés et aspirent à se retrouver. C'est l'amour impossible, le grand amour. L'Époux, c'est l'homme et l'Âme Sœur, c'est la femme. Par contre, l'enfant, dans notre civilisation, il a sa carte, lui aussi mais on n'en parle pas où, plutôt, on en parle à voix basse, c'est tabou. L'enfant, c'est l'Amoureux.

Mais qui est l'Amoureux ? Où est-il ? Il était là, au commencement, avec la petite fille mais, des fois, elle le perd parce que… elle a pas le droit. Le monde des hommes n'était pas prêt.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 54

Mais ne nous emballons pas ! C'est la quête de l'humanité, pas la quête d'une vie à l'échelle des mortels. Si on en est encore là aujourd'hui, c'est que beaucoup ont échoué avant nous. En attendant, la multitude des copains de Dieu venus sur cette terre aider à résoudre l'énigme se sont inventés une multitude de rôles intermédiaires, symbolisés dans la société par les métiers : le boulanger, le charpentier, l'éclaireur…

Le travail est un monde de notre culture mais il en existe d'autres. La famille en est un, c'est même l'essentiel.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 53

Au fil des temps, les civilisations ont échafaudé des langages pour guider les âmes dans leurs tentatives d'élucidation des mystères de cette quête.

Mon rêve a puisé son langage dans les croyances, mythes et légendes de la culture dans laquelle je suis née pour me raconter l'histoire de deux enfants, Dieu et Lucifer, deux copains qui jouaient ensemble, en toute insouciance, dans le ciel de l'éternité ; jusqu'au jour où Lucifer se transforma en un monstre terrifiant : l'Homme.

Pour éloigner le danger qu'il représentait, Dieu créa la Terre et l'Homme y erra.

C'est l'histoire de l'humanité qui fait intervenir trois acteurs primordiaux : l'homme, la femme et l'enfant.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 52

De là naît une troisième entité qui se concrétise dans mon rêve par la fille, qui fait le lien par la parole (de Vérité).

Donc, la source, c'est ça, une trinité primordiale. Mon imagination a puisé des noms et des figures dans une culture. Il existe bien d'autres cultures, beaucoup de noms et de croyances mais la source est toujours la même, c'est l'histoire de la création, la quête de l'humanité réunie toute entière pour œuvrer à son accomplissement.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 50

Alors, Dieu veut créer un rêve qui demeure, qui continue à exister après s'être réveillé et en être sorti. Moi, je ne pouvais pas le faire pour de vrai, je ne suis pas le vrai Dieu et mon réveil n'allait jamais me ramener qu'à la réalité mais le temps du rêve, je pouvais l'imaginer et continuer le voyage.

Et voilà qu'un personnage de rêve inventé par Dieu est toujours là, devant Dieu, alors que Dieu s'est réveillé de ce rêve parce qu'il n'en voulait plus. Ce personnage se révèle donc comme une contrariété. Dieu veut réintégrer en lui, parce qu'il n'en veut plus, un rêve qu'il a créé pour continuer à exister après son réveil.

Ce rêve est conçu pour subsister malgré tout et malgré la volonté même de Dieu de l'anéantir. C'est Lucifer.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 49

Quoi de plus universel ? Finalement, la première chose qui nous est offerte, quand on entre dans le monde des rêves, c'est de faire l'expérience de l'essence divine. Je suis Dieu, maître de la création.

La création, au départ, elle se résume à que dalle. On invente les rêves qu'on veut ; ou qu'on ne veut pas, si les émotions l'emportent. De toute façon, une fois qu'on est pris au jeu à l'intérieur du rêve, les émotions finissent toujours par l'emporter. Alors, on efface tout et il ne reste plus rien.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 48

Je n'avais pas le sentiment, dans ce rêve, d'être en présence de personnages surhumains ou quoique ce soit de ce genre. Je me voyais enfant entourée d'enfants qui jouent ensemble à faire semblant d'être Dieu et Lucifer.

Dans mon rêve, au départ, rien n'existe à part moi et c'est ce qui définit Dieu au commencement. Alors, comment ça se fait que moi j'existe, si rien n'existe à part moi ? Tout simplement parce que je viens du monde de la réalité, monde dans lequel mon existence n'est pas mise en doute mais là, je dors et la logique veut que moi seule existe dans ce monde qui est celui de mes rêves personnels. D'ailleurs, tout ce qui pourrait apparaître et survenir dans ce monde aura été créé par moi donc, sauf au fait que je respire, je suis Dieu.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 47

Mon père m'annonça qu'il était temps de mettre toutes les cartes en ordre, pas celles du jeu de belote mais celles de mon monde imaginaire. Mes personnages, que racontent-ils ?

Pour le savoir, il faut commencer par remonter à la source. Elle est au chapitre XII, c'est le rêve que j'avais fait, une nuit, à propos de Dieu et Lucifer.