diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 19

On connaissait d'avance la suite de l'argumentaire. Tenez ! je vous le fais :

« Il ne faut pas noircir le tableau. On vient à l'école pour rencontrer des gens et il nous est donné d'y rencontrer des professeurs, c'est-à-dire des grandes personnes qui ont choisi de venir là pour apporter des connaissances aux enfants. C'est louable et il faut les respecter pour cela. »

N'était-ce pas ce que monsieur Bébert voulait nous amener à dire, au final ? N'était-il pas dans le camp des professeurs, après tout ? En tout cas, s'il attendait que quelqu'un levât la main pour lui donner cette réponse de fayote, ça n'allait pas être moi parce que je n'étais pas d'accord avec ça.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 8

Après, vous allez me dire qu'un prof de gym en survêtement, c'est plutôt banal. Ce qui l'est moins, c'est de voir un prof de gym dans une salle de classe mais bon, nous ne pouvions pas savoir que nous aurions gymnastique en première heure, personne n'avait sa tenue. Et puis, de toute façon, le prof qui fait cours à la première heure de la rentrée, quelle que soit la matière qu'il enseigne, est toujours chargé de régler divers détails avec les élèves ; nous communiquer nos emplois du temps, par exemple.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 7

Nous vîmes paraître un énergumène qui ne ressemblait pas à nos profs ordinaires. D'ordinaire, dans cette institution catholique pour jeunes filles, les profs étaient soit des dames, soit des bonnes sœurs. Qu'est-ce qu'il faisait là, ce gars en tenue décontractée ? Était-ce le jardinier qui s'était perdu ?

C'était un petit mec au bronzage qui sentait bon le sable chaud, des mèches de cheveux décolorées par les embruns estivaux ; en survêtement, un sifflet autour du cou. Il balaya notre classe du regard, derrière un sourire crâneur qui en disait long sur les sentiments que lui inspiraient le fait d'avoir décroché un job de prof dans une école de filles.

Il ferma la porte derrière lui, marcha jusqu'au tableau en roulant des mécaniques pour bien montrer ses petits muscles ; puis il se présenta à nous : monsieur Bébert, professeur de gymnastique.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 6

Revenons maintenant DANS LA GRANDE SALLE, éclairée de cette nouvelle lumière, et reprenons !

Je disais, donc, que c'était la rentrée en cinquième, les filles papotaient entre elles…

Un prof entra dans la classe…

et arrêtons-nous sur ce personnage !

Toutes les filles attendaient dans la classe dont la porte était fermée parce que la principale de l'établissement ne voulait pas de bruit dans les couloirs.

La sonnerie avait retenti et la porte s'ouvrit. Toutes les filles se turent instantanément et regardèrent en sa direction, bien moins préoccupées par la discipline que par la question :

« Qui c'est qu'on a comme profs, c't'année ? »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 5

En tant qu'enfant, mon véritable besoin personnel, c'est bien plus avant dans le chapitre que je l'exprime, quand LA SORTIE DU COCON se manifesta pour moi par cette question :

« Comment ça se fait que c'est jamais moi qui présente de nouveaux amis à la famille ? »

Le besoin que j'éprouvais était de me forger mon propre relationnel vis-à-vis du monde extérieur, hors de ma famille mais sans risque de me perdre.

Donc, voilà, le cours est terminé. Je peux rendre ma copie.

À QUOI SERT L'ÉCOLE ?

L'école sert à rencontrer des gens.

extrait de Ma copie

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 3

En conséquence, pour répondre à la question : « à quoi sert l'école ? », il faut se demander à quel besoin de l'enfant elle répond et uniquement cela. Tout le reste est potentiellement véreux.

L'enfant, au singulier ? L'école en accueille des millions chaque année. Je ne peux pas parler en leur nom. C'est à chacun qu'il appartient de chercher sa propre réponse dans l'introspection.

Donc, moi, toujours moi ! Où est ma réponse ? Au chapitre IV, peut-être bien ; c'est là que je raconte que ÇA COMMENÇAIT BIEN, mon projet qui était d'aller à l'école deux années ; la première (maternelle), pour devenir amie avec des enfants de mon âge et la seconde (primaire), pour apprendre à lire et à écrire mon livre.

extrait de Ma copie

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 2

Maintenant que ce point est éclairci, j'en viens à l'essentiel du présent chapitre.

À QUOI SERT L'ÉCOLE ?

L'école sert à pousser l'humanité vers son autodestruction.

C'est, du moins, l'impression que j'eus, en maternelle, au regard de la maîtresse qui s'acharnait à plonger les enfants dans la torpeur et l'avilissement.

J'aimerais m'arrêter plus longuement sur ce problème grave. Néanmoins, quelque part à l'école primaire, j'appris que ce genre de réponse vaut zéro parce que hors sujet : même si le ver est dans le fruit, c'est pour nourrir sa famille que le jardinier le fait pousser. Certes, l'école est corrompue par la vermine mais dire que le fruit sert à nourrir le ver serait le lui abandonner. Au contraire, l'enfant doit s'approprier ce service public qui est le sien.

extrait de Ma copie

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 117

Puis vint la rentrée en sixième. Les trois juges furent séparés, Véronique allant au CES de Vert-Saint-Denis, Olivier dans le nouveau CES de Cesson-la-Forêt et moi dans le privé, à Voisenon. J'y fis la connaissance de Murielle, à ne pas confondre avec Muriel, évidemment. Murielle habitait au Mée-sur-Seine.

Je l'invitai un mercredi tantôt à la maison. Sa mère voulut bien l'amener en voiture.

Je présentai à Murielle la fameuse balle de tennis et lui en racontai toute l'histoire.

« Moi, j'veux bien jouer avec toi. Vas-y, lance !

- Mais ch'sais pas jouer !!! Chuis nulle, pour rattraper une balle.

- C'est pas grave. Viens ! On s'met juste à un mètre du mur et on s'la lance gentiment. »

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 115

Le tantôt, Muriel vint sonner à mon portail. Je la fis entrer et la menai dans l'arrière-cour.

« C'est pas souvent qu'tu viens chez moi ! C'est qu'tu t'es dit qu'j'avais rencontré l'grand sorcier d'Cesson et qu'tu veux savoir c'qui s'est passé ?

- Non, non. Ça m'regarde pas, qui tu rencontres. Juste, s'y reste kek'chose que tu veux m'dire, chuis là mais c'est pour toi. Moi, y a rien qu'j'ai besoin d'savoir.

- Ben non, moi, j'vois rien à dire. Tu m'apprends à jouer à la balle ?

- Ouais, s'tu veux. »

Je courus à la salle de jeux, repris la fameuse balle, revins me placer à une distance raisonnable de Muriel et la lui lançai.

Contrairement à moi, Muriel était très sportive et jouait très bien au ballon. D'un geste habituel, elle plaça ses mains devant elle, observa la trajectoire de la balle… mais l'expression de son regard se transforma en voyant arriver sur elle le projectile, qu'elle esquiva finalement, comme si elle y avait vu un danger.

Et ma pauvre balle, une fois de plus, tomba sur le sol sans qu'aucune main ne l'eût rattrapée.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 111

- Mais moi, sur quoi j'pourrais m'appuyer pour savoir si votre histoire doit être validée ou pas ? J'la connais pas, votre histoire. Moi, j't'ai raconté toutes mes histoires imaginaires mais toi, tu m'as raconté que dalle. »

Un peu plus tard, Muriel m'annonça que j'allais rencontrer quelqu'un qui m'en dirait plus.

C'est finalement le 14 juillet, dans un jardin cessonnais, que je fis la rencontre du grand sorcier de Cesson. Il était beaucoup plus petit que je ne m'étais imaginé.

extrait de Cour d'Histoire

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 89

Véronique, de son côté, ne resta pas seule. Elle eut tout de suite une copine. Tant mieux pour elle et, au vu de son tempérament extraverti, ça n'avait rien d'étonnant mais on aurait dit que cette fille, une blondasse, mettait le grappin sur Véronique pour l'éloigner de moi, exactement comme Muriel faisait avec moi pour m'éloigner de Véronique.

Plus bizarre encore, Véronique avait une petite sœur au CE2. Au moment même où Véronique devint copine avec la blondasse, sa petite sœur devint copine avec la petite sœur de la blondasse, elle aussi au CE2. Véronique et sa petite sœur se réjouirent de cette coïncidence qui devait souder des liens très forts entre les deux paires de sœurs amies mais moi, je me demandais si ce n'était pas un coup monté.

J'avais vécu quelque chose de similaire, un an plus tôt, quand mon grand frère et ma grande sœur avaient rencontré ceux de Françoise et étaient devenus amis. Nous avions passé de super vacances tous ensemble. Muriel était au courant de cela, elle connaissait l'histoire. Alors, aurait-elle été reproduite sciemment ?

Les enfants de Cesson s'étaient-ils concertés pour séparer volontairement les deux nouvelles ? Qu'avaient-ils derrière la tête ?

En tout cas, Dieu intervint pour nous réunir à nouveau, Véronique et moi, car nous fûmes affectées au même groupe de catéchisme. Nous passâmes donc tous nos mardi soir ensemble, tenant toutes deux à faire le trajet ensemble. Pour le reste, suivant le point de vue de Véronique, nous acceptâmes tout simplement les amitiés qui nous étaient offertes.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 87

Juste à côté de moi, il y avait une jolie fille brune aux cheveux longs avec une frange. Quand ses grands yeux bruns croisèrent les miens, je crus voir au fond d'eux ma sœur de toujours. Le pire, c'est qu'elle se mit à me parler avec désinvolture, exactement comme si nous nous connaissions depuis toujours, genre :

« Hé ! t'as vu l'autre, là, patati, patata… »

comme si j'étais sa confidente.

Sidérée, j'objectai :

« Mais ! tu m'connais pas.

- Comment tu t'appelles ?

- Angélique.

- Ben voilà, maintenant, j'te connais. Moi, c'est Véronique. T'es nouvelle ?

- Oui.

- Moi aussi. J'me suis renseignée : on est trois nouveaux au CM2, moi, toi et un garçon qu'est dans l'autre classe mais on s'en fiche, c'est un garçon.

- T'aimes pas les garçons ?

- Mais si, j'plaisante.

- On vient tout juste d'arriver à l'école et t'es déjà au courant qu'on est trois nouveaux au CM2 ?!

- Ben ouais, vaut mieux. À la fin d'l'année, l'information s'ra plus vraiment d'actualité. J'veux être journaliste, quand ch's'rai grande. »