diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 39

Pourtant, à la rentrée au cours préparatoire, à l'issue des grandes vacances réparatrices, je m'étais dit que j'étais grande et qu'à la grande école, je ne pleurerais pas. En classe, tout avait bien commencé. La maîtresse me traitait comme les autres enfants. Elle nous offrit à chacune de beaux livres et cahiers tout neufs, pour apprendre à lire et à écrire, et je lui dis merci. Moi-même, j'étais venue avec un beau cartable tout neuf et une belle trousse toute neuve remplis de beaux jouets tout neufs pour apprendre à lire et à écrire. J'étais heureuse.

extrait de La pleureuse

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 29

Sans doute étions-nous arrivés au dernier paragraphe lorsque monsieur Bébert, debout face à nous, brandit son exemplaire du carnet de correspondance et clama, à titre de conclusion :

« Alors, les filles, vous êtes d'accord avec ce règlement scolaire ?

- Non !

- C'est très bien. Signez ! »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 27

Monsieur Bébert s'en sortait bien, vu qu'il n'y avait jamais de devoirs à faire à la (?) maison, en cours de gym. Il passa donc au paragraphe suivant. Pareil que précédemment, il le lut une fois et le reformula à la manière d'un rebelle.

Pareil que précédemment, le petit groupe de cinq ou six filles pétulantes, au milieu de la colonne de droite, clamèrent un grand « non ! », tandis que tout le reste de notre grande classe d'une trentaine d'élèves était triste et silencieux ; puis se firent entendre des voix pondérées de bonnes élèves qui reconnaissaient qu'effectivement, il y avait quelque chose qui clochait dans le règlement bien qu'il avait du bon.

Pareil que précédemment, un débat s'ouvrit et toute la classe tomba d'accord sur une juste correction à apporter à ce paragraphe.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 26

Monsieur Bébert laissa s'exprimer toutes celles qui le voulurent. Les premières à prendre la parole furent des bonnes élèves. D'autres souhaitèrent intervenir. Il y eut concertation.

Il en ressortit que même les meilleures élèves n'étaient pas d'accord sur tout. Que l'école fût obligatoire ou non, elles avaient fait le choix de venir étudier et acceptaient les règles édictées au sein des cours. En revanche, chez nous, c'est notre vie privée, c'est à nous de la mener à notre guise, en principe. Que le professeur suggère des exercices, donne des pistes pour qui veut approfondir ce qu'on a vu en cours, ce serait le bienvenu mais des devoirs imposés, c'est plus une gêne qu'autre chose et ce n'est pas juste.

D'autres élèves, dans la classe, avaient plus de réticence à venir par obligation ou à venir tout court, pour diverses raisons qui leur étaient personnelles mais c'était leurs parcours à elles et elles n'avaient pas l'intention de causer de dérangement à celles qui voulaient étudier en classe. De plus, ce concept de respect de la vie privée, avec devoirs à la maison proposés et non plus imposés leur plaisait et elles se dirent prêtes à accepter le compromis.

Toute la classe tomba d'accord là-dessus.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 22

Mais moi, j'étais sage. Je n'étais pas comme les filles agitées qui riaient à la lecture du règlement scolaire. Pour avoir envie de rire, en entendant ce sinistre réglement qui allait nous être imposé pendant toute la période qui nous séparait des prochaines grandes vacances, il fallait faire le choix de la désobéissance. Pour ça, ces filles-là, je les avais vues à l'œuvre l'an passé ! Elles riaient toujours, quand elles faisaient des bêtises… mais elles arrêtaient de rire quand elles étaient punies. L'histoire avait toujours cette finalité.

Alors, bien sûr, les filles qui voulaient faire des bêtises tâchaient de s'arranger pour ne pas se faire prendre mais, à la longue, la menace d'une sanction agit comme la sanction elle-même et, s'il veut avoir l'esprit en paix, l'enfant grandissant doit apprendre à s'assagir.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 20

C'est vrai que les professeurs donnaient beaucoup d'eux-mêmes pour nous apporter des connaissances. Ils venaient tous les jours, pour nous, pour nous apprendre des choses. Ils préparaient leurs cours à l'avance, ils expliquaient et réexpliquaient inlassablement ce qui n'était pas compris, ils corrigeaient les copies. C'était un travail énorme. Alors, pourquoi nous, élèves, ne donnions-nous pas toujours le meilleur de nous-mêmes pour apprendre ce qu'ils venaient nous enseigner ?

Parce que l'école était obligatoire ! Les professeurs venaient à l'école parce qu'ils avaient fait le choix d'enseigner alors que les élèves étaient là parce que le règlement scolaire allait les chercher de force chez eux, s'ils ne voulaient pas venir. C'est de là que naissaient toutes les tensions qui pouvaient exister entre élèves et enseignants. Ce n'était pas la faute des professeurs, à la base, mais c'est en leurs mains que le règlement scolaire déposait les outils de sanctions destinés à soumettre les non-consentants ; et tous ces adultes usaient de ces outils pour imposer grossièrement leurs centres d'intérêt à des enfants qui ne les partageaient pas forcément.

C'est choquant, quand on y pense mais eux, les profs, étaient toujours récompensés par un salaire ; ce qui apaisait leur conscience. De là, leur discernement était corrompu, ils croyaient bien faire et ne comprenaient même plus le manque d'assiduité aux études de certains élèves, dits mauvais.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 19

On connaissait d'avance la suite de l'argumentaire. Tenez ! je vous le fais :

« Il ne faut pas noircir le tableau. On vient à l'école pour rencontrer des gens et il nous est donné d'y rencontrer des professeurs, c'est-à-dire des grandes personnes qui ont choisi de venir là pour apporter des connaissances aux enfants. C'est louable et il faut les respecter pour cela. »

N'était-ce pas ce que monsieur Bébert voulait nous amener à dire, au final ? N'était-il pas dans le camp des professeurs, après tout ? En tout cas, s'il attendait que quelqu'un levât la main pour lui donner cette réponse de fayote, ça n'allait pas être moi parce que je n'étais pas d'accord avec ça.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 18

Était-on sérieux, là ? Certes, non ! Les filles de ce groupe s'échangeaient des petits rires sous la table, contentes de se retrouver, au terme des grandes vacances, dans la même classe. Face à monsieur Bébert, elles se réjouissaient à l'avance des espiègleries qu'elles allaient inventer ensemble, tout au long de l'année scolaire, pour déroger au règlement.

Les plaisanteries du professeur ne dupaient personne. Il n'avait devancé les arguments des plus réfractaires que pour mieux les contrer par la suite. C'était couru d'avance. Il commençait par tendre une perche aux élèves turbulentes pour les laisser se défouler deux minutes ; après quoi, il allait sûrement nous sortir un :

« Bon, allez ! maintenant, soyons raisonnable !… »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 16

Écoutant, d'une oreille distraite, le prof lire les fadaises ordinaires du même règlement que j'avais déjà entendu un an plus tôt, je pris soin de noter dans mon livre imaginaire un détail qui était ressorti de la conversation que je viens de résumer en faisant intervenir l'ensemble de la classe d'une seule voix.

Les filles qui, posées, mesurées, avaient pris la parole pour dire qu'elles venaient par choix étaient parmi celles qui s'étaient démarquées, lorsque nous étions en sixième, comme étant les meilleures élèves d'entre nous. Elles parlaient, évidemment, chacune en son nom et n'engageaient que son propre choix. La question s'était alors posée de savoir si, pour les autres élèves, moins bonnes, moins désireuses d'étudier, moins courageuses, moins intelligentes, moins ci ou moins ça, l'obligation d'aller à l'école était une bonne chose. À cela, toutes les filles de la classe, bonnes ou mauvaises, qui voulurent prendre la parole, répondirent chacune que l'obligation n'était pas une bonne chose pour elle-même. Moi, je faisais partie de celles qui choisirent de se taire.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 15

Après un temps de réflexion, d'autres élèves, plus posées, plus mesurées, levèrent la main pour demander la parole, quelque peu gênées par le très cavalier les filles qui avait remplacé le très distingué mesdemoiselles de nos professeurs ordinaires mais désireuses de tempérer le comportement de camarades qui perturbent la classe (comme disaient les professeurs ordinaires).

« L'école, c'est bien, on y apprend des choses intéressantes mais c'est par choix. Si on dit que c'est par obligation, tant pis, on vient quand même mais c'est pas pareil ; c'est pas aussi bien. On a des raisons de venir par choix. Alors, pourquoi dire que c'est pas obligation ?

- Pourquoi ? Continuons la lecture du règlement ! On va peut-être en apprendre un peu plus sur le sujet »

répondit monsieur Bébert.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 13

En clair, même si la lecture de ce fichu règlement n'était propre qu'à nous procurer de l'ennui, nous devions nous le coltiner par charité bénévole envers notre prof parce que les gens qui lui payaient son salaire - et qui n'étaient pour nous que des étrangers - exigeaient de lui qu'il nous ennuyât avec ça.

Tels étaient, grosso modo, les murmures qui montaient dans la classe, dans une atmosphère de sévérité courroucée propre au milieu dont étaient issues les jeunes filles de bonne famille qui composaient la majeure partie de notre classe.

Monsieur Bébert objecta que la lecture du règlement n'était, somme toute, que le premier cours de l'année scolaire et qu'un cours n'est jamais ennuyeux. C'est le prof qui rend le cours ennuyeux… ou pas ; et que c'est en intéressant les élèves à son cours que le professeur mérite son salaire.