diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 38

À la maternelle, en récréation, il y avait Claire et Sylvie qui voulaient toujours jouer avec moi mais si j'acceptais de les suivre dans leurs jeux, la maîtresse venait et me punissait. Alors, à la fin de l'année, je leur avais dit que nous pourrions jouer ensemble quand nous serions à la grande école mais Claire était triste parce qu'elle déménageait et ne verrait plus jamais ni Sylvie ni moi.

Et là, la maîtresse était venue me voir et m'avait dit, genre :

« L'année prochaine, à la grande école, tu vas avoir une nouvelle maîtresse, qui ne sera pas comme moi. Alors, tu crois que tu es débarrassée de moi, que tu vas enfin pouvoir rire et jouer comme les autres enfants, en récréation ? Détrompe-toi ! Ce que je t'ai fait te poursuivra encore longtemps. Tu ne t'en relèveras pas comme ça. »

extrait de La pleureuse

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 36

Bien évidemment, les filles les plus agitées de la classe, les plus turbulentes, celles qui faisaient des bêtises pour fuir le règlement, se trouvaient aussi être celles qui m'embêtaient le plus. À l'école, le sort des enfants était si dur qu'ils avaient besoin d'un défouloir. Puisqu'ils ne pouvaient pas retourner contre l'enseignant le mal qu'il leur faisait sous peine d'être punis, ils évacuaient ce mal en le retournant contre quelqu'un d'autre, quelqu'un qui ne pouvait pas se défendre.

Depuis la maternelle, la tête de Turc, c'était moi tout le temps.

extrait de La pleureuse

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 33

Ouais mais enfin il ne nous appuyait pas non plus. Il nous reniait, de sorte que si on allait voir la principale, c'était pour n'avoir pas obéi au professeur. Il est clair que les filles les plus turbulentes de la classe n'avaient aucune envie d'aller faire des vagues au bureau de la principale, dès le jour de la rentrée, pour une cause qu'elle savaient perdue d'avance. Et puis, de toute façon, elles s'en fichaient de ce que pouvait bien contenir le règlement scolaire. Leur truc, à elles, c'était de faire des bêtises pour y échapper. Alors, elles signèrent.

Alors, toutes les filles de la classe prirent leur stylo et signèrent. Il n'y avait pas le choix.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 32

Finalement, toutes les filles de la classe se tournèrent vers les cinq ou six qui faisaient le plus de bruit depuis le début du cours, celles qui rouspétaient le plus fort, celles qui portaient haut et fort les revendications de l'ensemble de la classe.

Monsieur Bébert eut vite fait de comprendre que s'il voulait obtenir toutes les signatures de la classe, il lui suffisait de s'en prendre aux meneuses.

Il alla donc auprès d'elles et leur dit :

« Bon, allez ! ça suffit, maintenant. Vous signez. M'obligez pas à vous envoyer voir ça dans le bureau de la principale !

- Quoi ?! »

Non mais alors, monsieur Bébert ! On se la joue à la cool et, après, on veut punir tout le monde ? Nous, si on avait eu une prof ordinaire, ça se serait passé de façon ordinaire et personne n'aurait fait d'histoire. C'est lui qui nous a poussé dans cette voie et, après, il nous le reproche ?

« Non, moi, j'punis personne. J'vous dis juste que si vous avez quelque chose à redire au règlement scolaire, c'est avec la principale de l'établissement qu'il faut aller voir ça, maintenant. Moi, j'ai fait mon boulot, ça m'concerne plus. »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 30

Toutes les filles de la classe s'interrogèrent du regard les unes les autres. Ce n'était plus, cette fois, seulement les cinq ou six filles les plus agitées qui avaient répondu non. C'était toute la classe. c'était un non unanime, étant donné qu'aucun paragraphe de ce texte, absolument aucun, n'avait reçu l'entière approbation d'une seule d'entre nous.

Non ! Il ne pouvait décemment nous être demandé de signer ce avec quoi il était clairement établi que nous étions en désaccord.

Ce à quoi monsieur Bébert répondit tout bonnement :

« On m'a pas dit de vous le faire accepter. On m'a dit de le lire avec vous et de vous le faire signer. Alors, on en a discuté entre nous, je vous ai permis de vous exprimer librement mais moi, j'ai reçu pour instruction de vous le faire signer et je dois m'y conformer. Alors, vous allez pas m'embêter. Vous signez et je vais passer dans les rangs pour vérifier que ce soit fait. »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 24

Quand on se détourne de la sagesse, on perd son discernement. Ça valait aussi bien pour les professeurs que pour les enfants désobéissants. Deux enfants qui parlent ensemble, pendant la classe, au lieu d'écouter le professeur, font-ils une bêtise ? Non, ils marquent leur refus au règlement scolaire mais, à force de sanctions, à force de dérives, ils finissent par croire que ce sont des bêtises et qu'heureusement que le règlement scolaire est là pour les corriger. Alors, leur rire d'enfant, auquel ils se raccrochaient tant, ce rire espiègle qui les trahissait, s'évanouit petit à petit et ils deviennent des adultes qui trouvent le règlement très bien et estiment qu'il faut l'imposer aux enfants. Telle est la voie de perdition dans laquelle s'enfoncent les enfants désobéissants.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 22

Mais moi, j'étais sage. Je n'étais pas comme les filles agitées qui riaient à la lecture du règlement scolaire. Pour avoir envie de rire, en entendant ce sinistre réglement qui allait nous être imposé pendant toute la période qui nous séparait des prochaines grandes vacances, il fallait faire le choix de la désobéissance. Pour ça, ces filles-là, je les avais vues à l'œuvre l'an passé ! Elles riaient toujours, quand elles faisaient des bêtises… mais elles arrêtaient de rire quand elles étaient punies. L'histoire avait toujours cette finalité.

Alors, bien sûr, les filles qui voulaient faire des bêtises tâchaient de s'arranger pour ne pas se faire prendre mais, à la longue, la menace d'une sanction agit comme la sanction elle-même et, s'il veut avoir l'esprit en paix, l'enfant grandissant doit apprendre à s'assagir.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 21

Bon, après, ils comprenaient quand même un petit peu, ne serait-ce que parce que les agaceries de certaines élèves indisciplinées leur servaient de leçon mais, au bout du compte, la punition était toujours retournée par le professeur contre l'élève indiscipliné, puisque c'est ce que le règlement avait prévu.

Finalement, c'était une guerre qui se livrait entre les enseignants et les élèves. Tout ça, à cause d'un règlement scolaire pondu par des gens ; des gens qui vivaient, quelque part, ailleurs ; des gens que nous ne connaissions pas et qui ne nous connaissaient pas ; des gens qui se faisaient appeler éducation nationale.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 20

C'est vrai que les professeurs donnaient beaucoup d'eux-mêmes pour nous apporter des connaissances. Ils venaient tous les jours, pour nous, pour nous apprendre des choses. Ils préparaient leurs cours à l'avance, ils expliquaient et réexpliquaient inlassablement ce qui n'était pas compris, ils corrigeaient les copies. C'était un travail énorme. Alors, pourquoi nous, élèves, ne donnions-nous pas toujours le meilleur de nous-mêmes pour apprendre ce qu'ils venaient nous enseigner ?

Parce que l'école était obligatoire ! Les professeurs venaient à l'école parce qu'ils avaient fait le choix d'enseigner alors que les élèves étaient là parce que le règlement scolaire allait les chercher de force chez eux, s'ils ne voulaient pas venir. C'est de là que naissaient toutes les tensions qui pouvaient exister entre élèves et enseignants. Ce n'était pas la faute des professeurs, à la base, mais c'est en leurs mains que le règlement scolaire déposait les outils de sanctions destinés à soumettre les non-consentants ; et tous ces adultes usaient de ces outils pour imposer grossièrement leurs centres d'intérêt à des enfants qui ne les partageaient pas forcément.

C'est choquant, quand on y pense mais eux, les profs, étaient toujours récompensés par un salaire ; ce qui apaisait leur conscience. De là, leur discernement était corrompu, ils croyaient bien faire et ne comprenaient même plus le manque d'assiduité aux études de certains élèves, dits mauvais.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 17

Après lecture du premier paragraphe, monsieur Bébert le reformula à sa manière. Comme si on n'avait pas compris !

« Donc, à l'école, il y a des droits et des devoirs. Vous, vous avez le devoir de travailler en cours, parce que c'est comme ça que ça se passe à l'école ; et puis, chez vous aussi, parce que ça s'appelle des devoirs à rendre pour l'école. En contrepartie, les professeurs ont le droit d'avoir recours aux sanctions pour vous obliger à travailler, que vous le vouliez ou non. Est-ce que vous trouvez ça juste ? »

Des « nons !!! » fusèrent joyeusement du groupe des élèves dissipées.