diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 58

- Nan mais peu importe son nom. J'vous dis pas ça pour qu'èe soit punie. J'lui en veux pas. Èe m'a pas dit ça parce qu'èe voudrait que j'meure ; j'crois pas. En tout cas, èe voudrait pas que j'meure juste après qu'èe m'ait dit ça ; ça, j'en suis sûre. Le problème, c'est pas qu'èe m'ait dit ça. Le problème, c'est qu'èe m'ait dit ça parce qu'èe m'voit tout l'temps pleurer. C'est pas d'sa faute, si j'pleure. Et puis, p'têt qu'elle, si elle était à ma place, èe s'dirait qu'y faut qu'èe s'suicide. Èe y a pensé, en tout cas, alors que moi, ça ne m'était même pas venu à l'esprit parce que je veux vivre et je veux lui dire qu'il faut vivre malgré tout. Même si on est dans une situation comme la mienne et qu'on a de bonnes raisons de pleurer, faut pas s'suicider parce qu'on sait jamais c'que l'avenir nous réserve. Faut toujours rester optimiste. Même si, maintenant, ça va pas, y a toujours une issue. C'est c'que j'me suis toujours dit. Seulement, l'issue, j'l'ai jamais trouvée. Tous les jours, j'me creuse la tête pour trouver comment j'dois faire pour plus être obligée d'être à l'école et j'trouve jamais. Et puis, quand la fille m'a dit : "suicide-toi !", j'ai pas voulu l'écouter, évidemment mais, en même temps, on aurait dit qu'elle m'avait soufflé la solution que j'ai tant cherchée sans jamais la voir ; la seule solution, que j'voulais pas voir. Alors, c'est ça qu'est prévu par l'éducation nationale ? C'est c'que j'me demande. C'est pourquoi je vous pose la question : dans la mesure où l'école est obligatoire pour tous les enfants, quand un enfant sait qu'il est pas à sa place à l'école, est-ce qu'il doit se suicider ou est-ce qu'une autre issue est prévue ? »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 57

Madame Jesaispluscomment ne prit pas mon intervention à la légère. Entendre le mot suicide en plein milieu de son cours, de la bouche d'un enfant, c'était grave. Peut-être que, dans ma colère, j'avais eu des mots et des pensées un peu trop durs.

« Nan mais moi, j'veux pas m'suicider, hein ! tempérai-je. C'est une fille, pendant la récréation, qui m'a dit : "T'en as pas marre de tout l'temps pleurer comme ça ? Fais quelque chose ! Suicide-toi !"

- Qui vous a dit cela ?! s'indigna la prof. Comment elle s'appelle ?

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 56

Pauvre madame Jesaispluscomment ! C'était toujours sur elle que ça tombait. Je n'avais rien contre elle, moi. Elle était bien gentille, cette prof-là. Ce n'était qu'un concours de circonstance qui avait placé son cours juste après que l'on m'eût dit : « suicide-toi ! » ; à moins que la fille eût fait exprès de placer sa remarque juste avant le cours de madame Jesaispluscomment. Toujours est-il que je ne pouvais pas garder ça pour moi. C'était trop grave. Il fallait qu'une grande personne fût au courant et c'est madame Jesaispluscomment qui était entrée la première dans notre salle de classe.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 55

Ni tenant plus, je levai la main et madame Jesaispluscomment ne tarda pas à me donner la parole.

« Dans la mesure où l'école est obligatoire pour tous les enfants…

- Oui, coupa-t-elle vivement, comme si ces mots la mettaient en joie.

- … Si un enfant sait qu'il est pas à sa place, à l'école, est-ce qu'il doit se suicider où est-ce qu'il y a une autre issue de prévue ? »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 53

Jusqu'à ce que, passant près de moi, elle se décida et me lâcha :

« T'en as pas marre de rester là, comme ça ? Fait quelque chose ! Suicide-toi ! »

Je la regardai fixement, en silence. Elle partit rejoindre ses copines, mes yeux devinrent secs et mon esprit plongea en état de réflexion profonde et froide.

Puis sonna la cloche par laquelle l'école ordonnait à tous les enfants de revenir perdre leur temps en classe. Mes pensées étaient très claires dans ma tête froide. Je me levai du tronc d'arbre et marchai gravement jusqu'à ma classe.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 51

Qu'est-ce que je devais faire pour faire comprendre aux adultes que je n'étais pas à ma place à l'école ?

Qu'il fût maladroit de chercher à se faire comprendre par la désobéissance, ça, je le comprenais. En règle générale, la désobéissance n'a pour effet que de braquer les adultes et, après, ils refusent d'entendre raison. C'est pourquoi il vaut toujours mieux être obéissant et les laisser assumer la responsabilité de leurs ordres. Il faut être sage et patient et, tôt ou tard, on arrive à trouver un moment où les grandes personnes sont en assez bonnes dispositions d'esprit pour entendre nos demandes, en tenir compte et réajuster leurs exigences. Ça marche à la maison, avec les parents qui n'ont pourtant pas de diplômes pour exercer leurs fonctions. Pourquoi cela ne marcherait-il pas à l'école oò les grandes personnes qui exercent sont tenues pour exemple en matière d'intelligence ?

Moi, je ne désobéissais pas, je pleurais. À chaque récréation, j'allais m'asseoir là, sur ce gros tronc d'arbre couché, en bord du chemin, et je pleurais, pleurais, pleurais jusqu'à la fin de la récréation. Chaque professeur qui entrait dans l'établissement passait devant moi et me regardait pleurer tous les jours ; ou passait sans me regarder, n'importe. Moi, je ne désobéissais pas, je ne perturbais pas les cours ni ne faisais rien de mal. J'exprimais mon désarroi de façon passive, pacifique et sincère. Alors, ils allaient bien finir par comprendre que ça n'allait pas, qu'il ne fallait pas me retenir.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 25

Si on veut protéger son rire du danger d'être cassé, il faut le laisser rangé dans son cartable. Moi, je ne l'amenais même pas à l'école.

Comme chacun sait, un enfant qui ne rit pas est un enfant traumatisé donc le règlement scolaire est traumatisant.

Bon, moi, ce que j'en dis… je n'étais pas la seule à ne pas rire à la lecture du règlement scolaire mais j'étais la seule à pleurer, toute seule dans mon coin, tout au long de l'année scolaire. Alors, écoutons ce que les autres avaient à en dire !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 24

Quand on se détourne de la sagesse, on perd son discernement. Ça valait aussi bien pour les professeurs que pour les enfants désobéissants. Deux enfants qui parlent ensemble, pendant la classe, au lieu d'écouter le professeur, font-ils une bêtise ? Non, ils marquent leur refus au règlement scolaire mais, à force de sanctions, à force de dérives, ils finissent par croire que ce sont des bêtises et qu'heureusement que le règlement scolaire est là pour les corriger. Alors, leur rire d'enfant, auquel ils se raccrochaient tant, ce rire espiègle qui les trahissait, s'évanouit petit à petit et ils deviennent des adultes qui trouvent le règlement très bien et estiment qu'il faut l'imposer aux enfants. Telle est la voie de perdition dans laquelle s'enfoncent les enfants désobéissants.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 23

Mais où est la sagesse ?! Tout le monde sait que le sage se tait lorsqu'il n'est pas écouté. Est-ce que deux enfants qui parlent ensemble en classe font une bêtise ? Non ! ils marquent leur désintérêt pour les propos du professeur. C'est un droit, que le règlement scolaire retirait aux enfants. La sagesse aurait voulu que le prof disse :

« Ça vous intéresse pas, c'que j'dis ? Ok, je me tais. »

Le droit à la liberté, que l'enfant ne devait pas à l'éducation nationale, lui était arraché par l'éducation nationale dans la mesure où elle bafouait la sagesse.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 21

Bon, après, ils comprenaient quand même un petit peu, ne serait-ce que parce que les agaceries de certaines élèves indisciplinées leur servaient de leçon mais, au bout du compte, la punition était toujours retournée par le professeur contre l'élève indiscipliné, puisque c'est ce que le règlement avait prévu.

Finalement, c'était une guerre qui se livrait entre les enseignants et les élèves. Tout ça, à cause d'un règlement scolaire pondu par des gens ; des gens qui vivaient, quelque part, ailleurs ; des gens que nous ne connaissions pas et qui ne nous connaissaient pas ; des gens qui se faisaient appeler éducation nationale.

extrait de La guerre folle