diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
Affichage des articles dont le libellé est #comportement. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est #comportement. Afficher tous les articles

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 59

Je ne sais pas si nous étions en cours de français mais, en tout cas, j'avais bien réussi à exprimer ce que j'avais sur le cœur ; même si l'émotion avait un peu fait dérailler ma voix par-ci par-là.

Nulle élève ne leva le moindre petit doigt pour demander la parole. Tous les regards se tournèrent vers madame Jesaispluscomment qui, très ennuyée, ne put se raccrocher qu'à une affirmation basique :

« Non, il ne faut pas vous suicider. Ce n'est pas la solution mais… euh… pour l'instant, je dois faire mon cours. Nous en reparlerons plus tard. C'est d'accord ? Vous voulez bien attendre ? Ça va aller ?

- Oui. »

Bien sûr que madame Jesaispluscomment n'allait pas me sortir une solution miracle de son chapeau. Elle n'avait même pas de chapeau. Je voyais bien qu'elle était dans l'embarras et je n'avais rien à exiger d'elle en l'occurrence. Sa seule compétence était d'enseigner sa matière. Moi, j'avais juste eu besoin de vider mon sac. Voilà, c'était fait. Je n'étais pas en proie à mes démons, je les dominais. Le cours pouvait reprendre normalement.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 55

Ni tenant plus, je levai la main et madame Jesaispluscomment ne tarda pas à me donner la parole.

« Dans la mesure où l'école est obligatoire pour tous les enfants…

- Oui, coupa-t-elle vivement, comme si ces mots la mettaient en joie.

- … Si un enfant sait qu'il est pas à sa place, à l'école, est-ce qu'il doit se suicider où est-ce qu'il y a une autre issue de prévue ? »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 54

Assise sur ma chaise, au fond de la classe, je vis madame Jesaispluscomment entrer dans la salle et, sans même jeter un regard vers nous, elle se mit à débiter tout un flot de paroles dérisoires et incongrues. En soit, cela n'avait rien d'extravagant, venant d'un professeur. Ça s'appelle faire son cours mais tout de même ! Qu'est-ce que ça veut dire, à la fin, ce comportement, de la part d'un adulte, d'embêter tout le monde, comme ça, avec ses petits centres d'intérêt, sans se soucier le moins du monde de savoir si on en a seulement quelque chose à faire ! Et puis zut ! il y a des choses bien plus importantes, dans la vie, que ces fichues matières scolaires.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 52

Et puis, un jour, passant à proximité de mon tronc d'arbre, une fille de ma classe me regarda comme si elle avait envie de me dire quelque chose. C'était sans doute quelque chose de méchant. À Voisenon, quand on me parlait, c'était toujours pour me dire des méchancetés.

Elle se ravisa et s'en alla. C'était pas une des plus méchantes, elle. Si elle m'avait déjà dit des méchancetés, je ne me rappelais pas. Toujours est-il que, ce jour-là, elle préfèra se taire et me laisser pleurer là toute seule, comme tout le monde.

À la récréation suivante, elle revint, s'arrêta devant moi, avec le même air de vouloir me dire un truc, et s'en alla.

Pendant plusieurs jours de suite, elle revint ainsi. Ça se voyait qu'elle avait envie de me dire un truc méchant. Ça la démangeait mais elle se ravisait à chaque fois.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 51

Qu'est-ce que je devais faire pour faire comprendre aux adultes que je n'étais pas à ma place à l'école ?

Qu'il fût maladroit de chercher à se faire comprendre par la désobéissance, ça, je le comprenais. En règle générale, la désobéissance n'a pour effet que de braquer les adultes et, après, ils refusent d'entendre raison. C'est pourquoi il vaut toujours mieux être obéissant et les laisser assumer la responsabilité de leurs ordres. Il faut être sage et patient et, tôt ou tard, on arrive à trouver un moment où les grandes personnes sont en assez bonnes dispositions d'esprit pour entendre nos demandes, en tenir compte et réajuster leurs exigences. Ça marche à la maison, avec les parents qui n'ont pourtant pas de diplômes pour exercer leurs fonctions. Pourquoi cela ne marcherait-il pas à l'école oò les grandes personnes qui exercent sont tenues pour exemple en matière d'intelligence ?

Moi, je ne désobéissais pas, je pleurais. À chaque récréation, j'allais m'asseoir là, sur ce gros tronc d'arbre couché, en bord du chemin, et je pleurais, pleurais, pleurais jusqu'à la fin de la récréation. Chaque professeur qui entrait dans l'établissement passait devant moi et me regardait pleurer tous les jours ; ou passait sans me regarder, n'importe. Moi, je ne désobéissais pas, je ne perturbais pas les cours ni ne faisais rien de mal. J'exprimais mon désarroi de façon passive, pacifique et sincère. Alors, ils allaient bien finir par comprendre que ça n'allait pas, qu'il ne fallait pas me retenir.