diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 59

Je ne sais pas si nous étions en cours de français mais, en tout cas, j'avais bien réussi à exprimer ce que j'avais sur le cœur ; même si l'émotion avait un peu fait dérailler ma voix par-ci par-là.

Nulle élève ne leva le moindre petit doigt pour demander la parole. Tous les regards se tournèrent vers madame Jesaispluscomment qui, très ennuyée, ne put se raccrocher qu'à une affirmation basique :

« Non, il ne faut pas vous suicider. Ce n'est pas la solution mais… euh… pour l'instant, je dois faire mon cours. Nous en reparlerons plus tard. C'est d'accord ? Vous voulez bien attendre ? Ça va aller ?

- Oui. »

Bien sûr que madame Jesaispluscomment n'allait pas me sortir une solution miracle de son chapeau. Elle n'avait même pas de chapeau. Je voyais bien qu'elle était dans l'embarras et je n'avais rien à exiger d'elle en l'occurrence. Sa seule compétence était d'enseigner sa matière. Moi, j'avais juste eu besoin de vider mon sac. Voilà, c'était fait. Je n'étais pas en proie à mes démons, je les dominais. Le cours pouvait reprendre normalement.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 58

- Nan mais peu importe son nom. J'vous dis pas ça pour qu'èe soit punie. J'lui en veux pas. Èe m'a pas dit ça parce qu'èe voudrait que j'meure ; j'crois pas. En tout cas, èe voudrait pas que j'meure juste après qu'èe m'ait dit ça ; ça, j'en suis sûre. Le problème, c'est pas qu'èe m'ait dit ça. Le problème, c'est qu'èe m'ait dit ça parce qu'èe m'voit tout l'temps pleurer. C'est pas d'sa faute, si j'pleure. Et puis, p'têt qu'elle, si elle était à ma place, èe s'dirait qu'y faut qu'èe s'suicide. Èe y a pensé, en tout cas, alors que moi, ça ne m'était même pas venu à l'esprit parce que je veux vivre et je veux lui dire qu'il faut vivre malgré tout. Même si on est dans une situation comme la mienne et qu'on a de bonnes raisons de pleurer, faut pas s'suicider parce qu'on sait jamais c'que l'avenir nous réserve. Faut toujours rester optimiste. Même si, maintenant, ça va pas, y a toujours une issue. C'est c'que j'me suis toujours dit. Seulement, l'issue, j'l'ai jamais trouvée. Tous les jours, j'me creuse la tête pour trouver comment j'dois faire pour plus être obligée d'être à l'école et j'trouve jamais. Et puis, quand la fille m'a dit : "suicide-toi !", j'ai pas voulu l'écouter, évidemment mais, en même temps, on aurait dit qu'elle m'avait soufflé la solution que j'ai tant cherchée sans jamais la voir ; la seule solution, que j'voulais pas voir. Alors, c'est ça qu'est prévu par l'éducation nationale ? C'est c'que j'me demande. C'est pourquoi je vous pose la question : dans la mesure où l'école est obligatoire pour tous les enfants, quand un enfant sait qu'il est pas à sa place à l'école, est-ce qu'il doit se suicider ou est-ce qu'une autre issue est prévue ? »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 57

Madame Jesaispluscomment ne prit pas mon intervention à la légère. Entendre le mot suicide en plein milieu de son cours, de la bouche d'un enfant, c'était grave. Peut-être que, dans ma colère, j'avais eu des mots et des pensées un peu trop durs.

« Nan mais moi, j'veux pas m'suicider, hein ! tempérai-je. C'est une fille, pendant la récréation, qui m'a dit : "T'en as pas marre de tout l'temps pleurer comme ça ? Fais quelque chose ! Suicide-toi !"

- Qui vous a dit cela ?! s'indigna la prof. Comment elle s'appelle ?

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 55

Ni tenant plus, je levai la main et madame Jesaispluscomment ne tarda pas à me donner la parole.

« Dans la mesure où l'école est obligatoire pour tous les enfants…

- Oui, coupa-t-elle vivement, comme si ces mots la mettaient en joie.

- … Si un enfant sait qu'il est pas à sa place, à l'école, est-ce qu'il doit se suicider où est-ce qu'il y a une autre issue de prévue ? »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 51

Qu'est-ce que je devais faire pour faire comprendre aux adultes que je n'étais pas à ma place à l'école ?

Qu'il fût maladroit de chercher à se faire comprendre par la désobéissance, ça, je le comprenais. En règle générale, la désobéissance n'a pour effet que de braquer les adultes et, après, ils refusent d'entendre raison. C'est pourquoi il vaut toujours mieux être obéissant et les laisser assumer la responsabilité de leurs ordres. Il faut être sage et patient et, tôt ou tard, on arrive à trouver un moment où les grandes personnes sont en assez bonnes dispositions d'esprit pour entendre nos demandes, en tenir compte et réajuster leurs exigences. Ça marche à la maison, avec les parents qui n'ont pourtant pas de diplômes pour exercer leurs fonctions. Pourquoi cela ne marcherait-il pas à l'école oò les grandes personnes qui exercent sont tenues pour exemple en matière d'intelligence ?

Moi, je ne désobéissais pas, je pleurais. À chaque récréation, j'allais m'asseoir là, sur ce gros tronc d'arbre couché, en bord du chemin, et je pleurais, pleurais, pleurais jusqu'à la fin de la récréation. Chaque professeur qui entrait dans l'établissement passait devant moi et me regardait pleurer tous les jours ; ou passait sans me regarder, n'importe. Moi, je ne désobéissais pas, je ne perturbais pas les cours ni ne faisais rien de mal. J'exprimais mon désarroi de façon passive, pacifique et sincère. Alors, ils allaient bien finir par comprendre que ça n'allait pas, qu'il ne fallait pas me retenir.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 123

Le soir, après l'école, j'allai dans ma chambre, je m'affalai sur mon lit et les propos de cette fille me revinrent à l'esprit. L'enfance était-elle terminée pour moi ? Aujourd'hui ? Dans trois jours ? Dans trois mois ?

Non, ce n'était pas terminé. Il me restait une chose à faire : jouer ma carte dans la grande histoire magique des enfants de Cesson.

Je me levai, pris une feuille, en déchirai un lambeau sur lequel j'écrivis :

J'aime Olivier Vinolo

Je sortis de chez moi, le morceau de papier, plié en petit bout, au creux de mon poing, traversai la route et vins m'arrêter devant la poubelle publique.

J'y lâchai mon message et, parlant à haute voix sur le ton solennel de la magie, je m'adressai aux serpents en ces termes :

« Obéissez-moi ! car je dis la vérité. »

Les garçons de la bande des serpents m'observèrent en silence.

extrait de Rock in a bottle

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 122

L'année suivante, en cinquième, nous avions fréquemment le droit de passer les récréations dans notre classe, à cause du mauvais temps.

Moi, je restais tout le temps toute seule dans mon coin, assise à mon bureau, chantant dans ma tête les trois couplets, séparés par le refrain, de la première chanson rock en anglais dont j'avais trouvé les paroles et que j'avais voulu apprendre par cœur.

« A year has passed since I wrote my note…

Ce jour-là, j'entendis une fille, non loin de moi, dire à ses copines :

« Hier soir, j'ai réfléchi. J'me suis dit que l'enfance, pour moi, c'est terminé. C'que j'ai fait, c'est bien ou c'est pas bien mais c'est comme ça. C'est fini, maintenant. Il est temps que j'tourne la page et que j'passe à autre chose. »

extrait de Rock in a bottle

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 121

Ouais ben moi, je ne partageais pas l'enthousiasme de Murielle ! Comme elle avait fini de regarder, elle resta avec la balle entre les mains tandis que je me lamentais :

« Mais qu'est-ce que j'vais faire de cette balle, si j'peux pas la jeter à la poubelle ? La brûler ? L'enterrer ? La perdre dans la forêt de Fontainebleau ? Et si j'la jetais dans la mer, du pont du bateau, le jour où j'irai en Angleterre ?

- Fais pas ça ! tu déclencherais une guerre.

- Mais alors, qu'est-ce que j'vais en faire ?

- Garde-la ! Dans les mains d'une petite fille comme toi, c'est là qu'elle est le mieux. »

Murielle déposa religieusement la balle entre mes mains, comme s'il s'agissait d'un objet sacré et déclara :

« Je serai là, je serai avec toi. »

et la balle maudite retourna dormir au fond de la caisse à jouets.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 120

- Je sais pas. Moi, j'ai juste essayé de décrire c'que j'ai cru voir. Faudrait que tu relances la balle pour que je puisse voir à nouveau et te le décrire. Y a que comme ça qu'on en saura plus. »

Ok. Je relançai la balle contre le mur et laissai Murielle décrire ce qu'elle voyait.

« Je vois beaucoup de garçons. Ils sont en proie à une grande folie.

- C'est des violeurs ?

- Oui, c'en est mais ils sont protégés. Je vois un grand amour pour les garçons sortir de ta main quand tu lances la balle et je vois le même amour des garçons sortir de ma main quand je lance la balle. Et ces garçons, je les vois là, au milieu de nous deux, sur l'écran blanc du mur où rebondit la balle, entre ta main et la mienne, entre ton amour et le mien, et ça les protège comme un rempart. Tous ces garçons sont complètement fous mais ils sont protégés par notre amour à toutes les deux. C'est ça qu'est beau. »

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 117

Puis vint la rentrée en sixième. Les trois juges furent séparés, Véronique allant au CES de Vert-Saint-Denis, Olivier dans le nouveau CES de Cesson-la-Forêt et moi dans le privé, à Voisenon. J'y fis la connaissance de Murielle, à ne pas confondre avec Muriel, évidemment. Murielle habitait au Mée-sur-Seine.

Je l'invitai un mercredi tantôt à la maison. Sa mère voulut bien l'amener en voiture.

Je présentai à Murielle la fameuse balle de tennis et lui en racontai toute l'histoire.

« Moi, j'veux bien jouer avec toi. Vas-y, lance !

- Mais ch'sais pas jouer !!! Chuis nulle, pour rattraper une balle.

- C'est pas grave. Viens ! On s'met juste à un mètre du mur et on s'la lance gentiment. »

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 114

Le meilleur moyen de déjouer le mauvais sort, c'était de rendre à cet objet l'usage pour lequel il avait été fabriqué mais moi, je ne savais toujours pas jouer à la balle. Si j'essayais de la lancer contre le mur et de la rattraper, elle tombait par terre. Si j'essayais de la lancer en l'air et de la rattraper, elle tombait par terre. Je n'avais jamais été aussi nulle !

Je persistais tout de même, pour laver l'objet de ses ondes maléfiques mais il fallut que je me rendisse à l'évidence : si je ne voulais pas gâcher cette belle journée de grandes vacances à m'embêter à me baisser, toujours et encore, pour ramasser cette fichue balle de tennis, je devais arrêter de la lancer. Je la remis donc dans la caisse à jouets, ne comprenant franchement pas comment les autres enfants arrivaient à prendre plaisir à jouer avec une balle. Moi, je trouvais ça vraiment pénible.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 113

Vous trouvez pas qu'y a kek'chose qui cloche, là ? J'en ai marre, de ces histoires, à la fin ! C'est qu'une balle.

C'était l'été. C'était les grandes vacances, je les passais dans la maison, à Cesson, paisiblement, entre la maison, la télé, le jardin, le portique et la salle de jeux et là, je retombais toujours sur cette vieille balle de tennis soi-disant ensorcelée qui revenait à chaque fois assombrir le tableau de mes vacances. Je ne voulais plus voir là qu'une balle ordinaire.

Elle a jamais été ensorcelée, cette balle. C'est des bêtises. Comment ça s'pourrait ? Moi, j'avais déposé un baiser dessus mais c'était pour porter bonheur, pas pour faire faire des cauchemars (c'est juste que j'pouvais pas dire ça à Olivier parce que chuis timide). Et mon cadeau m'a été rendu, c'est qu'Olivier voulait pas d'mon amour. Alors, sur le chemin du retour, j'étais tellement triste que j'ai vu dans mon imagination des serpents qui voulaient dévorer ma balle. C'était le reflet des tourments qui voulaient dévorer mon cœur et puis c'est tout. Y a jamais eu d'serpents. C'est juste des histoires que j'me suis inventées pour combattre mes tourments mais, maintenant, c'est fini. Une balle, c'est qu'une balle.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 111

- Mais moi, sur quoi j'pourrais m'appuyer pour savoir si votre histoire doit être validée ou pas ? J'la connais pas, votre histoire. Moi, j't'ai raconté toutes mes histoires imaginaires mais toi, tu m'as raconté que dalle. »

Un peu plus tard, Muriel m'annonça que j'allais rencontrer quelqu'un qui m'en dirait plus.

C'est finalement le 14 juillet, dans un jardin cessonnais, que je fis la rencontre du grand sorcier de Cesson. Il était beaucoup plus petit que je ne m'étais imaginé.

extrait de Cour d'Histoire

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 110

- Et qu'est-ce qu'on est supposés en faire ?

- Vous êtes nos juges. L'année dernière, quand tout a été dit, on n'en a plus jamais parlé. Le dossier est fermé, en attente d'être jugé, par un grand, du CM2. On s'attendait à ce qu'il y ait un nouveau, quand on serait en CM2, et que ce serait lui le grand juge de notre histoire ; et vous êtes trois.

- Ben oui mais vous aussi, maintenant, vous êtes en CM2. Alors, on n'est pas plus grand que vous.

- Oui mais nous, on a tous parlé quand on était en CM1. On n'a plus rien à dire. Y a plus qu'à vous de prendre la parole. Alors, ici, dans l'école primaire, vous êtes les trois seuls grands qui pouvez encore parler. Du coup, vous êtes les juges de notre histoire. C'est à vous de savoir si elle doit être validée ou pas. Pour nous, tout est bouclé, on peut plus rien changer. C'est pour ça que la pièce manquante, tu dois pas la garder que pour toi. Elle est pour vous trois, Véronique, Olivier et toi.

extrait de Cour d'Histoire

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 105

La présence des serpents se déplaça de la poubelle jusqu'à moi. Ils m'encerclèrent, me parlant de tous côtés, dans un tumulte qui me donnait le vertige.

Mettons qu'ils devaient être six !

Je les sentais presque me toucher, j'avais la tête qui tournait, je n'arrivais plus à penser et je restai là, immobile, les pieds sur le trottoir, les yeux rivés sur la balle, à la recherche d'une septième voix que je croyais devoir être la mienne.

Elle est ensorcelée. Reprends-la !

Tout à coup, j'eus un déclic et ma réaction coupa net la parole aux serpents :

« Et puis d'abord, qu'est-ce que vous lui voulez, à la balle à Olivier ? En quoi èe vous intéresse ? »

Silence !

« Si vous la voulez, vous aurez qu'à venir la chercher chez moi. »

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 99

Sur le trottoir d'en face, à ma hauteur, il y avait une poubelle publique que je voyais là tous les jours, sur mon chemin pour l'école. En principe, une poubelle, c'est fait pour jeter dedans ce dont on ne veut plus, que je sache ! Moi, j'avais bien envie de traverser la rue pour aller m'y débarrasser de cette sale balle dont personne ne voulait plus.

Je n'eus le temps ni d'agir ni de penser. À peine eus-je seulement effleuré l'idée d'avancer ma main au-dessus de la poubelle publique pour y jeter la balle que je vis surgir dans mon imagination les serpents de mon cauchemar de petite enfance. Je les vis, comme un cauchemar éveillé, jaillir de la poubelle publique et s'enrouler autour de mon poignet pour s'emparer de la balle de tennis (alors que, pour de vrai, je n'étais même pas à proximité de la poubelle en question, j'étais toujours sur l'autre trottoir).

Franchement, ce n'était pas le moment ! Je n'étais vraiment pas d'humeur à me laisser impressionner par des petits cauchemars de bébé.

Je haussai les épaules dédaigneusement et envoyai balader les serpents de mon imagination en ronchonnant intérieurement :

« Même pas peur ! »

ce qui, en règle générale, suffit à balayer ce genre de mauvaises pensées quand il vous traverse l'esprit.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 96

De retour à la maison, je trouvai la solution dans la salle de jeux, dans la vieille caisse à jouets pleine de bric-à-brac. Mais oui, je savais bien qu'il y traînait une vieille balle de tennis qui ne servait à rien !

Le tantôt, j'emportai cette balle à l'école, non sans avoir, au préalable, déposé un baiser dessus. Arrivée à l'école, je la tendis à Olivier d'un geste anodin, il la prit d'un même geste anodin et se dirigea vers les autres enfants de la classe, balle en main, comme s'il s'agissait d'un vulgaire matériel scolaire destiné à la collectivité ; alors que, cette balle, c'était celle qui ne devait pas tomber dans le jardin du voisin.

Le voyant partir ainsi, je m'empressai de l'avertir :

« Par contre, fais attention ! C'est pas une balle ordinaire, elle est ensorcelée. »

Olivier s'arrêta et me regarda, intrigué et moi, je me sentis toute bête.

Qu'est-ce qui m'a pris d'lui dire ça ?!

Voulant me rattraper - ou pas - j'ajoutai :

« Nan, euh… c'est pas grave. Tu peux l'emmener chez toi mais la mets pas dans ta chambre pour dormir, èe fait faire des cauchemars. »

Olivier rangea soigneusement la balle dans son cartable et en sortit une autre, d'aspect bien plus neuf, avec laquelle il entraîna les enfants dans ses jeux.

extrait de Malédiction

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 95

Pourtant, le midi, en sortant de l'école, je vis Olivier escalader le portail du voisin, tandis que ses copains étaient à côté, sur le trottoir.

Faut tout l'temps qu'y fasse les choses à l'envers et, après, il est tout l'temps puni !

« Monsieur Tourbeux, il a dit qu'faut sonner au portail et pas l'escalader »

lui réexpliquai-je.

Olivier s'empressa de redescendre et me demanda plus ample explication au sujet de l'obéissance.

« J'ai sonné mais ça répond pas. Comment j'fais ?

- Tu reviendras sonner tout à l'heure.

- Ça répond jamais. Comment j'fais ? »

Il partit sans insister, laissant sa balle dans le jardin et moi avec cette énigme sur les bras. Comment résoudre le problème de la balle de tennis tout en restant dans l'obéissance ? Je devais trouver la clé pour Olivier, pour qu'il fît attention à moi.

extrait de Malédiction

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 94

Les enfants de la classe étaient gentils. Quand ils jouaient à la balle au prisonnier, ils voulaient bien me prendre dans leur équipe. Par contre, c'était considéré comme de la triche si quelqu'un m'envoyait la balle.

Pendant un moment, le jeu consistait à faire rebondir une balle de tennis sur un mur, au fond de la petite cour. Le problème, c'est que la balle finissait parfois dans le jardin du voisin qui en avait marre et s'était plaint que des enfants entraient dans son jardin en escaladant le mur. Un rappel fut fait en classe comme quoi il était interdit d'entrer dans le jardin du voisin. Si une balle tombait chez lui, il fallait aller sonner à son portail et la lui demander poliment, en évitant que cela ne se reproduisît.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 93

Au début de chaque récréation, je restais toujours dans mon coin, timidement, tête baissée, n'osant pas me joindre aux autres mais toujours une voix m'appelait, toujours la même. À qui donc appartenait cette voix ?

M'étant posé la question, au début de la récréation suivante, j'allai me placer, comme d'habitude, en marge du terrain, tête baissée, et j'attendis mais dès que le rituel : « Angélique, viens ! » se fit entendre, je levai les yeux en direction de la voix, rapidement parce que ça bouge, sur le terrain, et vis Olivier détourner le regard précipitamment.