diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 119

Alors là, j'arrêtai tout, me tournai vers Murielle et la dévisageai. Comment une fillette de onze ans pouvait-elle trouver le moyen de juxtaposer les deux propositions je vois des viols et c'est beau ? Bon, d'accord, Murielle, c'est Murielle et c'est pour ça que j'avais voulu qu'elle fût mon amie mais là, quand même, je trouvais qu'elle était un peu trop Murielle à mon goût !

Elle ne rigolait même pas sa boutade, cela n'en n'était pas. Elle avait l'air troublé, mon regard réprobateur semblait la mettre mal à l'aise. Forcément, quand on est Murielle à ce point-là, le regard des autres peut être dur à soutenir. Murielle est une personne à part.

« Moi, j'veux bien continuer à être ton amie mais, pour ça, y faut qu'j'arrive à comprendre ton point de vue. Pourquoi tu dis qu'c'est beau en parlant d'viols ?

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 118

Nous nous mîmes devant le mur en plâtre blanc de la salle de jeux. D'un geste incertain, j'y lançai doucement la balle. Elle y rebondit et se dirigea vers Murielle, à ma gauche, qui la rattrapa entre ses mains. À son tour, Murielle lança doucement la balle contre le mur. Elle y rebondit et vint se loger toute seule entre mes mains.

« J'ai réussi !!!

- Vas-y, lance ! »

Je relançai la balle, qui fit un nouvel aller-retour entre nous deux dans les mêmes conditions que précédemment sauf que, pendant ce temps-là, Murielle, qui regardait fixement le mur blanc sur lequel rebondissait la balle, prononça d'une voix pâle, comme en extase :

« Je vois des viols, c'est beau ! »

et la balle vint se loger toute seule entre mes mains.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 116

« Ah non ! pas moi. »

se défendit Muriel avec un sourire malicieux, comme ayant déjoué un mauvais tour que j'aurais voulu lui faire.

« Pas toi quoi ? Qu'est-ce qu'y y a ? Qu'est-ce que t'as vu ? C'est qu'une balle !

- Non, non, pas moi. J'la toucherai pas. »

continua-t'elle, taquine.

Voulant comprendre, j'insistai mais, bientôt, Muriel changea d'attitude, comme inquiète par le jouet que j'avais ramassé et tenais entre mes mains, dans cette arrière-cour où elle se sentit soudain coincée, apparemment.

« Non, pas moi ! Me touche pas avec la balle ! La lance pas ! Faut pas qu'ce soit moi ! J'peux pas ! »

Face à son affolement, je dus renoncer à lui demander plus ample explication et la balle retourna dans la caisse à jouets.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 115

Le tantôt, Muriel vint sonner à mon portail. Je la fis entrer et la menai dans l'arrière-cour.

« C'est pas souvent qu'tu viens chez moi ! C'est qu'tu t'es dit qu'j'avais rencontré l'grand sorcier d'Cesson et qu'tu veux savoir c'qui s'est passé ?

- Non, non. Ça m'regarde pas, qui tu rencontres. Juste, s'y reste kek'chose que tu veux m'dire, chuis là mais c'est pour toi. Moi, y a rien qu'j'ai besoin d'savoir.

- Ben non, moi, j'vois rien à dire. Tu m'apprends à jouer à la balle ?

- Ouais, s'tu veux. »

Je courus à la salle de jeux, repris la fameuse balle, revins me placer à une distance raisonnable de Muriel et la lui lançai.

Contrairement à moi, Muriel était très sportive et jouait très bien au ballon. D'un geste habituel, elle plaça ses mains devant elle, observa la trajectoire de la balle… mais l'expression de son regard se transforma en voyant arriver sur elle le projectile, qu'elle esquiva finalement, comme si elle y avait vu un danger.

Et ma pauvre balle, une fois de plus, tomba sur le sol sans qu'aucune main ne l'eût rattrapée.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 113

Vous trouvez pas qu'y a kek'chose qui cloche, là ? J'en ai marre, de ces histoires, à la fin ! C'est qu'une balle.

C'était l'été. C'était les grandes vacances, je les passais dans la maison, à Cesson, paisiblement, entre la maison, la télé, le jardin, le portique et la salle de jeux et là, je retombais toujours sur cette vieille balle de tennis soi-disant ensorcelée qui revenait à chaque fois assombrir le tableau de mes vacances. Je ne voulais plus voir là qu'une balle ordinaire.

Elle a jamais été ensorcelée, cette balle. C'est des bêtises. Comment ça s'pourrait ? Moi, j'avais déposé un baiser dessus mais c'était pour porter bonheur, pas pour faire faire des cauchemars (c'est juste que j'pouvais pas dire ça à Olivier parce que chuis timide). Et mon cadeau m'a été rendu, c'est qu'Olivier voulait pas d'mon amour. Alors, sur le chemin du retour, j'étais tellement triste que j'ai vu dans mon imagination des serpents qui voulaient dévorer ma balle. C'était le reflet des tourments qui voulaient dévorer mon cœur et puis c'est tout. Y a jamais eu d'serpents. C'est juste des histoires que j'me suis inventées pour combattre mes tourments mais, maintenant, c'est fini. Une balle, c'est qu'une balle.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 112

Mais bon, le plus important, dans l'histoire, c'est que si on était le 14 juillet, ça voulait dire que les grandes vacances étaient revenues. Vous vous rendez compte ! Après une année d'école à Cesson, retour des grandes vacances, à Cesson, dans la grande et belle maison que nous appelions naguère de campagne et qui était dorénavant, tout simplement, notre maison, avec son jardin, ses papillons…

Entre la maison et le mur du voisin, il y avait un espace. Mes parents y avaient fait couler une dalle de béton, monter un mur avec une grande porte-fenêtre à un bout et un avec une petite à l'autre, et poser un toit en tôle ondulé. Telle fut la salle de jeux. Elle abritait une table de ping-pong, un vieux billard russe de récupération, un jeu de grenouille, une armoire avec les jeux de plein air, une autre avec les jeux de société et une caisse à jouets contenant plein de vieux jouets, dont une vieille balle de tennis ensorcelée.