diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 49

Alors, toute la classe réfléchit au problème, des mains se levèrent, une discussion s'engagea tandis que moi, je demeurai silencieuse.

Bien vite, résolution fut prise de trouver le moyen de rire, malgré le règlement et sans l'enfreindre. Pour toutes les filles de la classe sauf moi, ce moyen résidait dans la joie de se retrouver entre copines, au terme des grandes vacances, pour vivre ensemble une nouvelle année scolaire.

Moi, je n'avais pas de copines, à Voisenon mais ça, ce n'était que mon cas personnel. Ça n'intéressait personne. Alors, je me tus et laissai madame Jesaispluscomment poursuivre son cours.

extrait de C'est pour rire

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 48

Tu parles ! Les mots étaient sortis de ma bouche, un peu vite, comme du n'importe quoi, ouais ! Ne riaient-elles jamais, les grandes de première, de terminale ? Je n'en savais rien, moi. Je ne m'étais jamais attardée à les observer assez longtemps pour les voir rire, voilà tout. Ça devait bien leur arriver de temps en temps, pour peu qu'elles fussent en présence d'une situation comique. Tout ce que je savais, c'est que pendant les récréations, on les voyait communément se promener lentement au fond du parc, déambuler entre copines et se parler à voix basse, parfois à tête basse, les yeux un peu vagues. C'est l'image que j'avais d'elles et je n'avais aucune envie de devenir pareil mais dire qu'elles ne riaient jamais, c'était peut-être un peu abusif. J'avais dit ce qui m'était passé par la tête et j'avais parlé un peu trop vite.

Néanmoins, là encore, nulle ne me contredit, pas même la prof.

extrait de C'est pour rire

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 47

Devant cette grande tristesse collective, la prof essaya désespérément un :

« Voyons, mesdemoiselles ! le règlement scolaire n'est pas si terrible que cela. Regardez les jeunes filles qui sont dans les grandes classes de notre établissement ! Elles sont sages, elles ne font pas de bêtises. Ça ne les empêche pas de rire.

- Mais non, madame ! Les grandes, èes rient jamais. J'dis pas qu'èes sont tristes. J'en sais rien et j'l'espère pas mais elles sont… sérieuses. »

Cette fois, les mots étaient sortis de ma bouche, tous seuls, comme une supplication.

extrait de C'est pour rire

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 45

Alors, moi, je levai la main et quand la prof me donna la parole, je posai la question :

« Vous voulez qu'on soit punies ?

- Ben ! bien sûr que non. Pourquoi dites-vous cela ?

- Parce que vous nous dites de rire comme celles qui font des bêtises, parce que c'est le premier jour de la rentrée, la reprise est difficile et ça fait du bien d'entendre rire autour de soi ; mais après, si on suit leur exemple, vous nous punirez tout au long de l'année parce qu'on aura fait des bêtises. Enfin, peut-être pas vous mais, c'que j'veux dire, c'est qu'c'est forcé de faire des bêtises, si on veut rire malgré le règlement scolaire. Ça s'entend bien, à leur rire, qu'elles font des bêtises. Moi, je le sais parce que, tout au long de l'année, quand j'entends ces rires, j'entends toujours, derrière, la voix d'un professeur les interrompre en disant : "Qu'est-ce que vous avez encore fait, comme bêtise ? Si vous n'en avez pas fait, c'est que vous êtes en train d'en préparer une. Vos rires vous trahissent". Ce sont les mêmes rires que vous citez en exemple, aujourd'hui, parce que c'est la rentrée. Moi, je dis pas ça pour les dénoncer pour que vous les punissiez. J'dis pas qu'èes ont fait une bêtise pis si c'est le cas, chuis pas au courant. Moi, j'ai juste entendu leurs rires, comme vous et p't-être que c'est elles qui ont raison de rire, après tout mais moi, c'que j'veux dire, c'est qu'si on veut rester obéissant, avec le règlement scolaire, c'est pas possible de rire. »

extrait de C'est pour rire

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 43

Les camarades joyeuses en question, c'était qui ? Toujours les mêmes, évidemment, ce petit groupe de cinq ou six filles turbulentes dont les rires libres et espiègles prouvaient qu'elles n'envisageaient pas le moins du monde de se conformer au règlement scolaire.

En somme, madame Jesaispluscomment nous encourageait à suivre le mauvais exemple, par pure maladresse. Sans doute, la reprise était un déchirement pour elle aussi, alors voir de la tristesse partout autour d'elle ne l'aidait pas à avoir le moral.

extrait de C'est pour rire

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 42

Mais bon, ça ne veut pas dire non plus que tous les adultes étaient foncièrement méchants, je ne le croyais pas.

De retour en classe, elle avait l'air gentil, cette jeune femme aux cheveux longs qui vint se présenter à nous comme étant madame Jesaispluscomment, professeur de jesaisplusquoi (français, peut-être).

Ça se voyait qu'elle était gentille quand, regardant l'ensemble de la classe, elle nous dit tendrement :

« Oh ! mais faites donc pas cette petite mine maussade ! Allons ! regardez vos camarades qui rient joyeusement ! Prenez exemple sur elles ! »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 24

Quand on se détourne de la sagesse, on perd son discernement. Ça valait aussi bien pour les professeurs que pour les enfants désobéissants. Deux enfants qui parlent ensemble, pendant la classe, au lieu d'écouter le professeur, font-ils une bêtise ? Non, ils marquent leur refus au règlement scolaire mais, à force de sanctions, à force de dérives, ils finissent par croire que ce sont des bêtises et qu'heureusement que le règlement scolaire est là pour les corriger. Alors, leur rire d'enfant, auquel ils se raccrochaient tant, ce rire espiègle qui les trahissait, s'évanouit petit à petit et ils deviennent des adultes qui trouvent le règlement très bien et estiment qu'il faut l'imposer aux enfants. Telle est la voie de perdition dans laquelle s'enfoncent les enfants désobéissants.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 22

Mais moi, j'étais sage. Je n'étais pas comme les filles agitées qui riaient à la lecture du règlement scolaire. Pour avoir envie de rire, en entendant ce sinistre réglement qui allait nous être imposé pendant toute la période qui nous séparait des prochaines grandes vacances, il fallait faire le choix de la désobéissance. Pour ça, ces filles-là, je les avais vues à l'œuvre l'an passé ! Elles riaient toujours, quand elles faisaient des bêtises… mais elles arrêtaient de rire quand elles étaient punies. L'histoire avait toujours cette finalité.

Alors, bien sûr, les filles qui voulaient faire des bêtises tâchaient de s'arranger pour ne pas se faire prendre mais, à la longue, la menace d'une sanction agit comme la sanction elle-même et, s'il veut avoir l'esprit en paix, l'enfant grandissant doit apprendre à s'assagir.

extrait de La guerre folle