diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 50

Moi, à Voisenon, je n'avais rien ni personne à quoi ou à qui me raccrocher. Alors, la souffrance générée par le règlement scolaire imbécile inventé par les inconnus de l'éducation nationale, je la subissais de plein fouet à chaque instant passé à l'école.

Alors, tout au long de chaque récréation, je restais prostrée dans un petit coin et je pleurais. Je me creusais la tête pour trouver le moyen de sortir de là mais je ne trouvais jamais et chaque jour, chaque matin, je me voyais contrainte de retourner à Voisenon subir encore une journée faite de torture mentale et d'ennui ; et encore une autre journée, et encore une autre… Quand est-ce que ça allait s'arrêter ?!

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 41

Alors, oui, il était clair que la nouvelle maîtresse n'était pas comme l'ancienne mais moi, ça n'allait pas. J'avais du chagrin, j'étais ébranlée. Et puis, la maîtresse de maternelle avait mis dans la tête de tous les enfants l'idée selon laquelle c'était une honte de s'afficher avec moi, de jouer avec moi, d'être gentil avec moi et ça restait gravé dans les esprits. Je le voyais bien à la façon dont toutes les filles continuaient à me rejeter.

Tout au long de la primaire, je m'étais efforcée à remonter du gouffre, lentement, petit à petit mais, lors de ma rentrée en sixième, à Voisenon, on aurait dit que les forces du mal s'étaient acharnées contre moi et m'avaient replongée dans le gouffre, plus profond que jamais.

Alors, même si les filles de Voisenon m'embêtaient, se moquaient de moi et me faisaient pleurer en reproduisant exactement le même schéma que celui que j'avais presque toujours connu depuis la maternelle, je ne leur en voulais pas parce que je ne croyais pas que cela venait d'elles.

Les vrais méchants, c'est toujours les adultes.

extrait de La pleureuse

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 36

Bien évidemment, les filles les plus agitées de la classe, les plus turbulentes, celles qui faisaient des bêtises pour fuir le règlement, se trouvaient aussi être celles qui m'embêtaient le plus. À l'école, le sort des enfants était si dur qu'ils avaient besoin d'un défouloir. Puisqu'ils ne pouvaient pas retourner contre l'enseignant le mal qu'il leur faisait sous peine d'être punis, ils évacuaient ce mal en le retournant contre quelqu'un d'autre, quelqu'un qui ne pouvait pas se défendre.

Depuis la maternelle, la tête de Turc, c'était moi tout le temps.

extrait de La pleureuse

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 34

Monsieur Bébert vérifia scrupuleusement chaque carnet de correspondance, allant de colonne en colonne et de table en table, savourant sa victoire à la vue de chaque signature apposée. Il n'en manquait aucune.

Soudain, il s'arrêta net et poussa un « ben ! » de stupéfaction en constatant que moi, qui n'avais pas décroché un mot de tout le cours, je n'avais pas signé.

En fait, je n'avais pas ouvert la bouche une seule fois depuis que j'étais partie de chez moi.

Monsieur Bébert posa le doigt sous l'emplacement prévu à cet effet et m'ordonna de signer.

J'obéis.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 33

Ouais mais enfin il ne nous appuyait pas non plus. Il nous reniait, de sorte que si on allait voir la principale, c'était pour n'avoir pas obéi au professeur. Il est clair que les filles les plus turbulentes de la classe n'avaient aucune envie d'aller faire des vagues au bureau de la principale, dès le jour de la rentrée, pour une cause qu'elle savaient perdue d'avance. Et puis, de toute façon, elles s'en fichaient de ce que pouvait bien contenir le règlement scolaire. Leur truc, à elles, c'était de faire des bêtises pour y échapper. Alors, elles signèrent.

Alors, toutes les filles de la classe prirent leur stylo et signèrent. Il n'y avait pas le choix.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 32

Finalement, toutes les filles de la classe se tournèrent vers les cinq ou six qui faisaient le plus de bruit depuis le début du cours, celles qui rouspétaient le plus fort, celles qui portaient haut et fort les revendications de l'ensemble de la classe.

Monsieur Bébert eut vite fait de comprendre que s'il voulait obtenir toutes les signatures de la classe, il lui suffisait de s'en prendre aux meneuses.

Il alla donc auprès d'elles et leur dit :

« Bon, allez ! ça suffit, maintenant. Vous signez. M'obligez pas à vous envoyer voir ça dans le bureau de la principale !

- Quoi ?! »

Non mais alors, monsieur Bébert ! On se la joue à la cool et, après, on veut punir tout le monde ? Nous, si on avait eu une prof ordinaire, ça se serait passé de façon ordinaire et personne n'aurait fait d'histoire. C'est lui qui nous a poussé dans cette voie et, après, il nous le reproche ?

« Non, moi, j'punis personne. J'vous dis juste que si vous avez quelque chose à redire au règlement scolaire, c'est avec la principale de l'établissement qu'il faut aller voir ça, maintenant. Moi, j'ai fait mon boulot, ça m'concerne plus. »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 31

Sitôt dit, il commença son tour mais personne n'envisageait de signer puisque ça allait à l'encontre de ce qui avait communément été convenu. Tous les paragraphes, l'un après l'autre, avaient été étudiés et concertés. Des corrections y avaient été apportées pour les rendre plus justes et compatibles avec notre épanouissement intellectuel. C'était un projet sérieux, construit par toute la classe, en vue d'être présenté à la négociation devant les adultes. Alors, non ! Signer maintenant aurait été trahir la classe autant que se trahir soi-même.

Si le prof allait se placer devant une élève en particulier pour faire pression sur elle, elle se tournait vers les autres, à la recherche d'un soutien, et ne signait pas.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 30

Toutes les filles de la classe s'interrogèrent du regard les unes les autres. Ce n'était plus, cette fois, seulement les cinq ou six filles les plus agitées qui avaient répondu non. C'était toute la classe. c'était un non unanime, étant donné qu'aucun paragraphe de ce texte, absolument aucun, n'avait reçu l'entière approbation d'une seule d'entre nous.

Non ! Il ne pouvait décemment nous être demandé de signer ce avec quoi il était clairement établi que nous étions en désaccord.

Ce à quoi monsieur Bébert répondit tout bonnement :

« On m'a pas dit de vous le faire accepter. On m'a dit de le lire avec vous et de vous le faire signer. Alors, on en a discuté entre nous, je vous ai permis de vous exprimer librement mais moi, j'ai reçu pour instruction de vous le faire signer et je dois m'y conformer. Alors, vous allez pas m'embêter. Vous signez et je vais passer dans les rangs pour vérifier que ce soit fait. »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 29

Sans doute étions-nous arrivés au dernier paragraphe lorsque monsieur Bébert, debout face à nous, brandit son exemplaire du carnet de correspondance et clama, à titre de conclusion :

« Alors, les filles, vous êtes d'accord avec ce règlement scolaire ?

- Non !

- C'est très bien. Signez ! »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 24

Quand on se détourne de la sagesse, on perd son discernement. Ça valait aussi bien pour les professeurs que pour les enfants désobéissants. Deux enfants qui parlent ensemble, pendant la classe, au lieu d'écouter le professeur, font-ils une bêtise ? Non, ils marquent leur refus au règlement scolaire mais, à force de sanctions, à force de dérives, ils finissent par croire que ce sont des bêtises et qu'heureusement que le règlement scolaire est là pour les corriger. Alors, leur rire d'enfant, auquel ils se raccrochaient tant, ce rire espiègle qui les trahissait, s'évanouit petit à petit et ils deviennent des adultes qui trouvent le règlement très bien et estiment qu'il faut l'imposer aux enfants. Telle est la voie de perdition dans laquelle s'enfoncent les enfants désobéissants.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 23

Mais où est la sagesse ?! Tout le monde sait que le sage se tait lorsqu'il n'est pas écouté. Est-ce que deux enfants qui parlent ensemble en classe font une bêtise ? Non ! ils marquent leur désintérêt pour les propos du professeur. C'est un droit, que le règlement scolaire retirait aux enfants. La sagesse aurait voulu que le prof disse :

« Ça vous intéresse pas, c'que j'dis ? Ok, je me tais. »

Le droit à la liberté, que l'enfant ne devait pas à l'éducation nationale, lui était arraché par l'éducation nationale dans la mesure où elle bafouait la sagesse.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 22

Mais moi, j'étais sage. Je n'étais pas comme les filles agitées qui riaient à la lecture du règlement scolaire. Pour avoir envie de rire, en entendant ce sinistre réglement qui allait nous être imposé pendant toute la période qui nous séparait des prochaines grandes vacances, il fallait faire le choix de la désobéissance. Pour ça, ces filles-là, je les avais vues à l'œuvre l'an passé ! Elles riaient toujours, quand elles faisaient des bêtises… mais elles arrêtaient de rire quand elles étaient punies. L'histoire avait toujours cette finalité.

Alors, bien sûr, les filles qui voulaient faire des bêtises tâchaient de s'arranger pour ne pas se faire prendre mais, à la longue, la menace d'une sanction agit comme la sanction elle-même et, s'il veut avoir l'esprit en paix, l'enfant grandissant doit apprendre à s'assagir.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 21

Bon, après, ils comprenaient quand même un petit peu, ne serait-ce que parce que les agaceries de certaines élèves indisciplinées leur servaient de leçon mais, au bout du compte, la punition était toujours retournée par le professeur contre l'élève indiscipliné, puisque c'est ce que le règlement avait prévu.

Finalement, c'était une guerre qui se livrait entre les enseignants et les élèves. Tout ça, à cause d'un règlement scolaire pondu par des gens ; des gens qui vivaient, quelque part, ailleurs ; des gens que nous ne connaissions pas et qui ne nous connaissaient pas ; des gens qui se faisaient appeler éducation nationale.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 20

C'est vrai que les professeurs donnaient beaucoup d'eux-mêmes pour nous apporter des connaissances. Ils venaient tous les jours, pour nous, pour nous apprendre des choses. Ils préparaient leurs cours à l'avance, ils expliquaient et réexpliquaient inlassablement ce qui n'était pas compris, ils corrigeaient les copies. C'était un travail énorme. Alors, pourquoi nous, élèves, ne donnions-nous pas toujours le meilleur de nous-mêmes pour apprendre ce qu'ils venaient nous enseigner ?

Parce que l'école était obligatoire ! Les professeurs venaient à l'école parce qu'ils avaient fait le choix d'enseigner alors que les élèves étaient là parce que le règlement scolaire allait les chercher de force chez eux, s'ils ne voulaient pas venir. C'est de là que naissaient toutes les tensions qui pouvaient exister entre élèves et enseignants. Ce n'était pas la faute des professeurs, à la base, mais c'est en leurs mains que le règlement scolaire déposait les outils de sanctions destinés à soumettre les non-consentants ; et tous ces adultes usaient de ces outils pour imposer grossièrement leurs centres d'intérêt à des enfants qui ne les partageaient pas forcément.

C'est choquant, quand on y pense mais eux, les profs, étaient toujours récompensés par un salaire ; ce qui apaisait leur conscience. De là, leur discernement était corrompu, ils croyaient bien faire et ne comprenaient même plus le manque d'assiduité aux études de certains élèves, dits mauvais.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 19

On connaissait d'avance la suite de l'argumentaire. Tenez ! je vous le fais :

« Il ne faut pas noircir le tableau. On vient à l'école pour rencontrer des gens et il nous est donné d'y rencontrer des professeurs, c'est-à-dire des grandes personnes qui ont choisi de venir là pour apporter des connaissances aux enfants. C'est louable et il faut les respecter pour cela. »

N'était-ce pas ce que monsieur Bébert voulait nous amener à dire, au final ? N'était-il pas dans le camp des professeurs, après tout ? En tout cas, s'il attendait que quelqu'un levât la main pour lui donner cette réponse de fayote, ça n'allait pas être moi parce que je n'étais pas d'accord avec ça.

extrait de La guerre folle

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 17

Après lecture du premier paragraphe, monsieur Bébert le reformula à sa manière. Comme si on n'avait pas compris !

« Donc, à l'école, il y a des droits et des devoirs. Vous, vous avez le devoir de travailler en cours, parce que c'est comme ça que ça se passe à l'école ; et puis, chez vous aussi, parce que ça s'appelle des devoirs à rendre pour l'école. En contrepartie, les professeurs ont le droit d'avoir recours aux sanctions pour vous obliger à travailler, que vous le vouliez ou non. Est-ce que vous trouvez ça juste ? »

Des « nons !!! » fusèrent joyeusement du groupe des élèves dissipées.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 15

Après un temps de réflexion, d'autres élèves, plus posées, plus mesurées, levèrent la main pour demander la parole, quelque peu gênées par le très cavalier les filles qui avait remplacé le très distingué mesdemoiselles de nos professeurs ordinaires mais désireuses de tempérer le comportement de camarades qui perturbent la classe (comme disaient les professeurs ordinaires).

« L'école, c'est bien, on y apprend des choses intéressantes mais c'est par choix. Si on dit que c'est par obligation, tant pis, on vient quand même mais c'est pas pareil ; c'est pas aussi bien. On a des raisons de venir par choix. Alors, pourquoi dire que c'est pas obligation ?

- Pourquoi ? Continuons la lecture du règlement ! On va peut-être en apprendre un peu plus sur le sujet »

répondit monsieur Bébert.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 13

En clair, même si la lecture de ce fichu règlement n'était propre qu'à nous procurer de l'ennui, nous devions nous le coltiner par charité bénévole envers notre prof parce que les gens qui lui payaient son salaire - et qui n'étaient pour nous que des étrangers - exigeaient de lui qu'il nous ennuyât avec ça.

Tels étaient, grosso modo, les murmures qui montaient dans la classe, dans une atmosphère de sévérité courroucée propre au milieu dont étaient issues les jeunes filles de bonne famille qui composaient la majeure partie de notre classe.

Monsieur Bébert objecta que la lecture du règlement n'était, somme toute, que le premier cours de l'année scolaire et qu'un cours n'est jamais ennuyeux. C'est le prof qui rend le cours ennuyeux… ou pas ; et que c'est en intéressant les élèves à son cours que le professeur mérite son salaire.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 12

« Hé ! j'y suis pour rien, moi, se défendit monsieur Bébert. Moi, chuis là pour vous faire faire du sport, c'est tout. On m'a dit de lire avec vous le règlement scolaire. Qu'est-ce que vous voulez qu'j'y fasse ? Si j'refuse, j'perds mon boulot et vous, vous aurez un autre prof qui viendra à ma place vous faire lire le règlement. J'aurai tout perdu et vous n'aurez rien gagné. Alors, on y va ! Quand ce s'ra fait, on s'ra tranquille avec ça. »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 11

Que les grandes personnes de l'école se fussent imaginé que le règlement sorti de leurs têtes était bon, c'est une chose mais ils auraient au moins pu - ils auraient dû - avoir la délicatesse d'attendre quelques jours, que nous fussions un peu remises de la lourde épreuve de la rentrée des classes, afin avant de nous le présenter ; au lieu de nous sauter dessus, comme ça, telles des brutes épaisses.

Mais bon, moi, j'étais sage et obéissante. J'endurais en silence, toute seule dans mon coin. Par conséquent, s'il y eu des oh ! et des ah ! lorsque monsieur Bébert nous fit ouvrir, à la page du règlement scolaire, les carnets de correspondance qu'il venait de nous distribuer, ils ne sont pas de mon fait.