diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 13

En clair, même si la lecture de ce fichu règlement n'était propre qu'à nous procurer de l'ennui, nous devions nous le coltiner par charité bénévole envers notre prof parce que les gens qui lui payaient son salaire - et qui n'étaient pour nous que des étrangers - exigeaient de lui qu'il nous ennuyât avec ça.

Tels étaient, grosso modo, les murmures qui montaient dans la classe, dans une atmosphère de sévérité courroucée propre au milieu dont étaient issues les jeunes filles de bonne famille qui composaient la majeure partie de notre classe.

Monsieur Bébert objecta que la lecture du règlement n'était, somme toute, que le premier cours de l'année scolaire et qu'un cours n'est jamais ennuyeux. C'est le prof qui rend le cours ennuyeux… ou pas ; et que c'est en intéressant les élèves à son cours que le professeur mérite son salaire.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 11

Que les grandes personnes de l'école se fussent imaginé que le règlement sorti de leurs têtes était bon, c'est une chose mais ils auraient au moins pu - ils auraient dû - avoir la délicatesse d'attendre quelques jours, que nous fussions un peu remises de la lourde épreuve de la rentrée des classes, afin avant de nous le présenter ; au lieu de nous sauter dessus, comme ça, telles des brutes épaisses.

Mais bon, moi, j'étais sage et obéissante. J'endurais en silence, toute seule dans mon coin. Par conséquent, s'il y eu des oh ! et des ah ! lorsque monsieur Bébert nous fit ouvrir, à la page du règlement scolaire, les carnets de correspondance qu'il venait de nous distribuer, ils ne sont pas de mon fait.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 69

La promenade se poursuivit. J'avais toujours ce fichu nounours dans la main, à la recherche d'une solution.

Comme personne ne faisait attention à moi, je posai le nounours au pied d'un buisson en lui expliquant qu'il devait rester là bien sagement.

« Qu'est-ce que tu fais, là ? T'abandonnes ton nounours ? fit sèchement la voix de Maman.

- Mais non, j'le reprendrai tout à l'heure.

- On va pas repasser par là. Si tu le laisses ici, il sera perdu. Reprends-le ! Dépêche-toi !

- Mais j'en ai marre, à la fin ! »

La promenade se poursuivit. J'avais toujours ce fichu nounours dans la main, à la recherche d'une solution.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 68

Moi, je n'aimais pas marcher parce que ça me faisait mal au dos mais je n'avais pas le choix, il fallait suivre. Souvent, on me suggérait d'aller chercher quelque objet dans la salle de jeux : jouet, vélo… C'était supposé me distraire. Ce jour-là, j'avais décidé d'emporter avec moi un de mes petits nounours et cela avait été accepté.

Nous nous promenâmes dans Grand Village et Nouveau Village, deux quartiers de Cesson/Vert-Saint-Denis.

Grand Village était un quartier récemment construit, moderne. Entre les maisons se faufilaient des petites allées piétonnes goudronnées, couleur lie de vin, bordées de gazon. Mes parents, ainsi que Tonton et Tata, trouvaient que ça faisait une promenade très agréable.

Moi, je trouvais que ça faisait long. Et puis, j'en avais marre de porter mon nounours. Je le tendis à ma mère pour qu'elle le prît, afin de pouvoir marcher les mains libres, mais elle refusa. Je le tendis donc à mon père qui, en principe, ne me refusait jamais ce genre de petit service mais il ne voulut pas s'en charger non plus.

Tonton Frédéric aurait bien accepté de le prendre mais ma mère s'y opposa :

« Non, non. laisse-la ! C'est son nounours, c'est à elle de le porter. »

C'était invraissemblable, ça ! Je n'avais pas fait de comédie, moi, avant de partir, pour prendre mon nounours et on ne m'avait pas prévenue que ça se passerait comme ça. Alors, ce n'était pas juste.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 62

- Alors, écoute-le ! Quand tu auras entendu ce qu'il a à te dire, il te laissera tranquille. Quand tu es venue me parler de tes histoires imaginaires, je les ai trouvées bien tourmentées mais, en définitive, l'enfant dans le tourment, c'est Nicolas. C'est lui qui cause tout ce remue-ménage parce que son message n'est pas entendu. Alors, retourne dans ta chambre et écoute-le !

- Meh ! j'ai pas fini d'raconter mes histoires, moi. J'ai même pas encore parlé de l'Ange Noir.

- Je ne veux plus rien entendre. Va dans ta chambre ! Écoute Nicolas ! »

trancha mon père, avant de se replonger dans sa lecture.

Pfff ! Qu'est-ce qu'y y a ? Qu'est-ce que vous avez tous à me regarder comme ça ? Vous voulez que j'vous parle de Nicolas ? Je n'ai rien à en dire. S'il existe, qu'il se manifeste, en chair et en os !

extrait de Le Fantôme

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 61

- Et si moi, j'veux pas l'écouter ?!

- Pourquoi tu voudrais pas l'écouter ? Et si moi, j't'écoutais pas ? T'as voulu venir me raconter tes histoires imaginaires et j'ai pris de mon temps pour les écouter. J'étais pas obligé. Tout l'monde a un imaginaire et personne n'embête les autres avec, en général. Pourtant, j't'ai écoutée. T'aurais voulu que j'te dise : "va-t'en", "j't'écoute pas", "t'existes pas" ?

- Mais moi, le soir, j'reste dans mon lit, je hante pas les chambres des autres, chuis pas un fantôme…

- Ne l'traite pas d'fantôme ! C'est un enfant. Tu voudrais qu'il meure ?

- Mais non, j'veux pas qu'y meure, j'veux qu'y m'laisse tranquille.

extrait de Le Fantôme

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 60

- Pourquoi tu l'chasses ? insista mon père sur un ton réprobateur.

- Parce que ! j'en ai marre, moi. Il est tout l'temps méchant. Même, un jour, il a dit que c'est lui qui a fait mourir Pépère et qu'il allait faire mourir toute la famille autour de moi.

- Qu'est-ce que c'est qu'ces histoires ? C'est des bêtises, ça. C'est juste un petit enfant qui raconte n'importe quoi pour se rendre intéressant, pour que tu fasses attention à lui. Tout c'qu'y veut, c'est qu'tu l'écoutes.

extrait de Le Fantôme

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 59

Mon père eut un sursaut en m'entendant imiter la voix du petit Nicolas, regarda fixement dans les airs, à côté de moi, comme s'il y voyait l'enfant en question et me gronda :

« Ben alors, pourquoi tu l'traites de fantôme ? »

comme si cette saleté de Fantôme venait de se plaindre à mon père que je l'embêtais !

« Parce que ! j'en ai marre, à la fin. Il est tout l'temps dans ma chambre. Tous les soirs, avant de m'endormir, j'peux jamais penser tranquillement, toute seule dans ma tête. Faut toujours qu'y la ramène. Alors, moi, j'lui dis : "Tu hantes ma chambre, c'est qu't'es un fantôme. Va-t'en !"

extrait de Le Fantôme

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 58

« Mort, Nicolas ? bredouillai-je. Mais quand ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment ça s'fait qu't'es au courant ? Tu l'connaissais ?

- Non, moi, j'en sais rien mais si tu dis qu'c'est un fantôme, c'est que tu le perçois comme étant mort, continua mon père sur le même petit ton délicat.

- Mais non ! m'exclamai-je, c'est une blague. J'le surnomme le Fantôme parce qu'il aime pas que j'l'appelle comme ça mais il est pas mort, j'crois pas. J'ai pas l'impression d'le voir dans la mort. Il a l'air en pleine forme, en tout cas. Même, quand il a ses p'tits nerfs, y rouspète : "Chuis pas un fantôme ! J'existe et je m'appelle Nicolas !" »

extrait de Le Fantôme