diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 40

Cependant, dès que nous étions sorties en récréation, tout avait basculé d'un coup. Tout avait recommencé exactement pareil qu'en maternelle, le même cauchemar, et moi, j'avais pleuré parce que ce n'était pas possible autrement.

Mais là, la nouvelle maîtresse, du cours préparatoire, s'était approchée et avait grondé toutes les filles qui m'entouraient, qui se moquaient de moi et me montraient du doigt en disant :

« Hou, la pleureuse ! Hou, la pleureuse ! »

Alors, les filles, penaudes, avaient arrêté de m'embêter mais l'une d'elles, une brune aux cheveux raides, s'était retournée vers la maîtresse et lui avait répondu :

« C'est la maîtresse [de maternelle] qui nous a appris. »

Il y avait de la contrariété dans sa voix, on aurait dit qu'elle avait reproduit la scène qui s'était perpétuée tout au long de l'année de maternelle pour prendre la nouvelle maîtresse à témoin du mal que l'ancienne avait obligé tous les enfants à me faire.

Cette fille, je crois bien que c'était Laurence. Vous savez, celle avec les petites joues toutes roses qui est déjà apparue dans mon chapitre X.

extrait de La pleureuse

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 35

Il est bien entendu que l'élève mineur d'un établissement scolaire ne saurait être tenu responsable pour ce qu'il fait par obéissance envers son professeur, au sein d'un cours. Ceci est un exercice, sans aucune valeur réelle. Tout au plus aurait-on pu m'attribuer une note en cours de dessin.

Au moins, ce jour-là, à l'école, j'appris quelque chose. Dans le cours de monsieur Bébert, j'appris qu'une signature rackettée n'engage la responsabilité que du racketeur.

Merci, prof. T'es un bon, toi !

Restait à savoir ce que ça pouvait bien leur apporter, à ces messieurs de l'éducation nationale, de nous extorquer des signatures fictives, puisque ce fait témoignait à lui seul de notre non-consentement au règlement scolaire ; alors que nous aurions pu faire mieux, beaucoup mieux, à l'école et de l'école. Voulait-on briser notre volonté ?

À quoi sert l'école ?

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 34

Monsieur Bébert vérifia scrupuleusement chaque carnet de correspondance, allant de colonne en colonne et de table en table, savourant sa victoire à la vue de chaque signature apposée. Il n'en manquait aucune.

Soudain, il s'arrêta net et poussa un « ben ! » de stupéfaction en constatant que moi, qui n'avais pas décroché un mot de tout le cours, je n'avais pas signé.

En fait, je n'avais pas ouvert la bouche une seule fois depuis que j'étais partie de chez moi.

Monsieur Bébert posa le doigt sous l'emplacement prévu à cet effet et m'ordonna de signer.

J'obéis.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 69

La promenade se poursuivit. J'avais toujours ce fichu nounours dans la main, à la recherche d'une solution.

Comme personne ne faisait attention à moi, je posai le nounours au pied d'un buisson en lui expliquant qu'il devait rester là bien sagement.

« Qu'est-ce que tu fais, là ? T'abandonnes ton nounours ? fit sèchement la voix de Maman.

- Mais non, j'le reprendrai tout à l'heure.

- On va pas repasser par là. Si tu le laisses ici, il sera perdu. Reprends-le ! Dépêche-toi !

- Mais j'en ai marre, à la fin ! »

La promenade se poursuivit. J'avais toujours ce fichu nounours dans la main, à la recherche d'une solution.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 68

Moi, je n'aimais pas marcher parce que ça me faisait mal au dos mais je n'avais pas le choix, il fallait suivre. Souvent, on me suggérait d'aller chercher quelque objet dans la salle de jeux : jouet, vélo… C'était supposé me distraire. Ce jour-là, j'avais décidé d'emporter avec moi un de mes petits nounours et cela avait été accepté.

Nous nous promenâmes dans Grand Village et Nouveau Village, deux quartiers de Cesson/Vert-Saint-Denis.

Grand Village était un quartier récemment construit, moderne. Entre les maisons se faufilaient des petites allées piétonnes goudronnées, couleur lie de vin, bordées de gazon. Mes parents, ainsi que Tonton et Tata, trouvaient que ça faisait une promenade très agréable.

Moi, je trouvais que ça faisait long. Et puis, j'en avais marre de porter mon nounours. Je le tendis à ma mère pour qu'elle le prît, afin de pouvoir marcher les mains libres, mais elle refusa. Je le tendis donc à mon père qui, en principe, ne me refusait jamais ce genre de petit service mais il ne voulut pas s'en charger non plus.

Tonton Frédéric aurait bien accepté de le prendre mais ma mère s'y opposa :

« Non, non. laisse-la ! C'est son nounours, c'est à elle de le porter. »

C'était invraissemblable, ça ! Je n'avais pas fait de comédie, moi, avant de partir, pour prendre mon nounours et on ne m'avait pas prévenue que ça se passerait comme ça. Alors, ce n'était pas juste.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 61

- Et si moi, j'veux pas l'écouter ?!

- Pourquoi tu voudrais pas l'écouter ? Et si moi, j't'écoutais pas ? T'as voulu venir me raconter tes histoires imaginaires et j'ai pris de mon temps pour les écouter. J'étais pas obligé. Tout l'monde a un imaginaire et personne n'embête les autres avec, en général. Pourtant, j't'ai écoutée. T'aurais voulu que j'te dise : "va-t'en", "j't'écoute pas", "t'existes pas" ?

- Mais moi, le soir, j'reste dans mon lit, je hante pas les chambres des autres, chuis pas un fantôme…

- Ne l'traite pas d'fantôme ! C'est un enfant. Tu voudrais qu'il meure ?

- Mais non, j'veux pas qu'y meure, j'veux qu'y m'laisse tranquille.

extrait de Le Fantôme

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 54

Mais ne nous emballons pas ! C'est la quête de l'humanité, pas la quête d'une vie à l'échelle des mortels. Si on en est encore là aujourd'hui, c'est que beaucoup ont échoué avant nous. En attendant, la multitude des copains de Dieu venus sur cette terre aider à résoudre l'énigme se sont inventés une multitude de rôles intermédiaires, symbolisés dans la société par les métiers : le boulanger, le charpentier, l'éclaireur…

Le travail est un monde de notre culture mais il en existe d'autres. La famille en est un, c'est même l'essentiel.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 52

De là naît une troisième entité qui se concrétise dans mon rêve par la fille, qui fait le lien par la parole (de Vérité).

Donc, la source, c'est ça, une trinité primordiale. Mon imagination a puisé des noms et des figures dans une culture. Il existe bien d'autres cultures, beaucoup de noms et de croyances mais la source est toujours la même, c'est l'histoire de la création, la quête de l'humanité réunie toute entière pour œuvrer à son accomplissement.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 50

Alors, Dieu veut créer un rêve qui demeure, qui continue à exister après s'être réveillé et en être sorti. Moi, je ne pouvais pas le faire pour de vrai, je ne suis pas le vrai Dieu et mon réveil n'allait jamais me ramener qu'à la réalité mais le temps du rêve, je pouvais l'imaginer et continuer le voyage.

Et voilà qu'un personnage de rêve inventé par Dieu est toujours là, devant Dieu, alors que Dieu s'est réveillé de ce rêve parce qu'il n'en voulait plus. Ce personnage se révèle donc comme une contrariété. Dieu veut réintégrer en lui, parce qu'il n'en veut plus, un rêve qu'il a créé pour continuer à exister après son réveil.

Ce rêve est conçu pour subsister malgré tout et malgré la volonté même de Dieu de l'anéantir. C'est Lucifer.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 48

Je n'avais pas le sentiment, dans ce rêve, d'être en présence de personnages surhumains ou quoique ce soit de ce genre. Je me voyais enfant entourée d'enfants qui jouent ensemble à faire semblant d'être Dieu et Lucifer.

Dans mon rêve, au départ, rien n'existe à part moi et c'est ce qui définit Dieu au commencement. Alors, comment ça se fait que moi j'existe, si rien n'existe à part moi ? Tout simplement parce que je viens du monde de la réalité, monde dans lequel mon existence n'est pas mise en doute mais là, je dors et la logique veut que moi seule existe dans ce monde qui est celui de mes rêves personnels. D'ailleurs, tout ce qui pourrait apparaître et survenir dans ce monde aura été créé par moi donc, sauf au fait que je respire, je suis Dieu.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 46

J'obéis. Je marchai sur les dalles du temple en direction de la sortie ; mes pieds foulaient le plancher de la salle à manger, j'étais en parfait équilibre, marchant vers la chambre de mes parents pour aller parler de tout ça avec mon père.

Entrant dans la chambre parentale, je trouvai mon père assis à la tête du lit, en train de lire paisiblement. Quand il me vit arriver, il posa son livre et me fit asseoir à côté de lui.

Bien évidemment, nous parlâmes de visions, d'imaginaire et de ce qui venait de m'arriver.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 45

Je retombai, les pieds sur les dalles du temple, debout près des cierges allumés.

J'attendis là que le garçon du début revînt me chercher, bien décidée à lui demander des explications mais les vautours ne me laissaient pas tranquille. On aurait dit qu'ils voulaient me manger la cervelle.

Une dame du temple vint me demander ce que je faisais là. Elle était un peu grosse, les cheveux grisonnants et le visage sévère. On aurait dit une directrice d'école.

Je lui expliquai que c'était le garçon qui m'avait dit de l'attendre ici.

« Tu dois pas rester là, répondit la dame. Ce n'est pas ici que tu dois chercher ce garçon, il ne viendra jamais. Il t'a pris ta mission pour l'accomplir à ta place, parce que tout le monde a besoin d'une mission pour vivre, mais lui a perdu la sienne. C'est pour ça, qu'il fait ça. Si tu veux le retrouver, sors d'ici et marche sur le chemin de ta destinée ! Accomplis ta mission toi-même ! Alors, le garçon que tu cherches n'aura plus de mission parce que tu l'auras reprise en main. Il sera obligé de revenir vers toi. Il retrouvera ta mission et la sienne auprès de toi. C'est comme ça que tu le retrouveras. Va ! »

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 43

En bas, il y avait les vautours et, plus bas encore, il y avait les dalles du temple et les cierges. Mon salut, je ne pouvais le chercher que dans la fidélité à mon vrai mari.

En bas, il y avait les vautours. En dessous des vautours, il y avait les dalles du temple et, tout en bas, tout en bas, il y avait le plancher de la salle à manger.

Quitte à me faire mal en tombant,

« lâche-moi ! »

ordonnai-je au garçon-vautour.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 41

« T'es pas mon mari ! me défendis-je.

- Mais si, chuis ton p'tit mari. Viens, suis-moi ! »

Me tenant par les mains, il m'attirait toujours vers lui en se reculant lui-même. On aurait dit qu'il me faisait parcourir une distance dans les airs et j'avais peur.

« Où tu m'emmènes ?

- Dans ma chambre. Viens ! on s'ra bien.

- T'es pas mon mari ! »

m'exclamai-je en résistant de toute la force de ma volonté pour l'empêcher de m'emmener ; ce qui le poussa à changer de discours.

« Mais non, je sais bien qu'chuis pas ton mari mais c'est pas grave. Viens ! on fait semblant. »

Apeurée, je me débattis et résistai :

« Lâche-moi ! T'es pas mon mari. J'veux pas t'suivre. Au secours ! »

hurlai-je à tout vent.