diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 102

En tout cas, aujourd'hui, si vous avez l'occasion de passer devant l'école de bonnes sœurs de Voisenon et que vous en voyez sortir des enfants et adolescents vêtus à leur guise, sans aucune sorte d'uniforme, soyez réceptif au message qui se cache derrière les apparences car c'est le cri silencieux d'une enfance qui réclama justice !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 101

La dernière fois que je vis, dans ma classe, toutes les élèves vêtues de leurs tabliers, je crois bien que c'était le jour de la rentrée, en quatrième. Puis, il s'avéra que la propension des grandes personnes de l'école à faire des rappels à l'ordre tomba dans l'oubli.

Un beau matin, en partant de chez moi, je décidai, toute seule dans ma tête, de mettre seulement mon manteau et mes chaussures mais pas mon tablier. Je le laissai au fond de mon cartable et ne l'en sortis plus jamais.

Lorsque nous entrâmes en classe de troisième, je crois bien que plus personne, à Voisenon, n'avait de tablier à sa taille, à part peut-être quelques nouvelles qui n'étaient pas encore au parfum.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 79

Que nous fussions à Courbevoie ou dans la maison de Cesson, en week-end ou pour les vacances, nous allions à la messe tous les dimanches matin.

Il ne se donnait pas de messe, le dimanche matin, dans la petite église de Cesson. Alors, nous allions généralement dans la grande et belle église de Vert-Saint-Denis. Cependant, ce week-end là, nous recevions tonton Frédéric et tata Lili et Tonton n'était pas très chaud pour se lever le dimanche matin pour aller à la messe. Du moins, je crus comprendre que c'était la raison pour laquelle, exceptionnellement, nous allâmes tous ensemble à la messe anticipée du samedi soir, laquelle se tenait en l'église de Cesson.

Moi, j'étais partie dans de bonnes dispositions d'esprit. J'étais contente d'aller à la messe dans cette petite chapelle toute mignonne qui avait été consacrée comme église depuis peu.

Bon, après, la messe, c'est la messe ; ce qui consistait, pour moi, à devoir rester bien sage sur mon banc, à côté des grandes personnes qui écoutaient les paroles du curé. Je n'y allais pas toujours de gaieté de cœur mais, encore une fois, ce jour-là, j'étais dans de bonnes dispositions d'esprit. La petite église Cessonnaise me plaisait, la compagnie de Tonton et Tata me réjouissait. Tout avait commencé sous les meilleurs auspices.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 78

Bref, mon pire cauchemar de Courbevoie, c'était le diable qui me poursuivait après avoir emporté tous les habitants de l'immeuble parce que j'étais la dernière survivante ; tandis que mon seul et pire cauchemar de Cesson, c'était un ours en peluche qui se faisait bouloter par des serpents affamés. Autant dire que Cesson me paraissait beaucoup plus sympathique que Courbevoie.

En fait, Cesson recelait dans ma mémoire trois mystères : le mystère des serpents de Cesson, le mystère de la messe de Cesson et le mystère de l'appel de Cesson.

Le mystère de la messe de Cesson, c'était une impression de cauchemar sans vraiment en être un.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 77

La mairie installa des poubelles similaires dans tous les coins de Cesson. Alors, forcément, tout Cesson me rappelait sans cesse au souvenir des serpents.

À cinq ans :

« C'est pas possible, c'était un cauchemar. »

À six ans :

« Comment ça s'pourrait, sinon ? Mais non, c'était un cauchemar de bébé. »

À sept ans :

« Maman, c'est déjà arrivé qu'on voit des serpents dans une poubelle publique ?

- Ben non, t'as rêvé.

- Ouais, sûrement. »

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 76

On m'éloigna de quelques pas, sur le chemin du retour, pour me dire :

« Ça y est ! c'est fini. Là ! tout va bien. »

tandis que Tonton était resté en arrière, près de la poubelle, comme s'il parlait aux serpents.

Plus tard, dans la journée, je retrouvai mon nounours à la maison, tranquillement posé sur un canapé. Pourtant, avant la balade, j'étais persuadée qu'il était rangé dans la salle de jeux. J'en aurais mis ma main à couper.

Je me souvenais avoir fait un drôle de rêve, dans l'après-midi, mais je ne me souvenais ni être allée faire la sieste ni m'en être réveillée.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 75

Entre l'épouvante et l'insistance sous laquelle on me mettait à regarder, je les vis quand même, à travers la paroi de la poubelle et j'en fus terrifiée. Alors, je dus avouer tout le mensonge.

« Y a mon nounours, dans la poubelle !

- Qu'est-ce qu'y fait dans la poubelle, ton nounours ?

- Il est tombé. »

Et je vis, à travers l'écran de la paroi de la poubelle, les serpents attaquer mon nounours. Le pauvre petit nounours se faisait chahuter dans tous les sens mais il riait parce qu'il ne comprenait pas qu'il était agressé, dévoré. Et moi, je pleurais.

Je ne pouvais que regarder. Mon nounours se faisait déchiqueter par les méchants serpents. Il était nu, c'était obscène et il riait. Mon pauvre petit nounours mourait dans la honte et moi, je pleurais. J'étais tétanisée.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 72

Je vis tata Lili qui se penchait pour regarder dans la poubelle et je vis venir le moment où j'allais me faire gronder.

« Non ! faut pas regarder, expliquai-je à Tata.

- Ah, bon ? Pourquoi ? questionna-t-elle en se redressant.

- Parce que y a des serpents. »

C'était quand j'avais quatre ans. C'était la première fois de ma vie - et sans doute la dernière - que j'inventais pareil mensonge. Je fus très fière de ma trouvaille subite. Je croyais que la peur des serpents éloignerait tout le monde de cette fichue poubelle.