En tout cas, aujourd'hui, si vous avez l'occasion de passer devant l'école de bonnes sœurs de Voisenon et que vous en voyez sortir des enfants et adolescents vêtus à leur guise, sans aucune sorte d'uniforme, soyez réceptif au message qui se cache derrière les apparences car c'est le cri silencieux d'une enfance qui réclama justice !
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 101
La dernière fois que je vis, dans ma classe, toutes les élèves vêtues de leurs tabliers, je crois bien que c'était le jour de la rentrée, en quatrième. Puis, il s'avéra que la propension des grandes personnes de l'école à faire des rappels à l'ordre tomba dans l'oubli.
Un beau matin, en partant de chez moi, je décidai, toute seule dans ma tête, de mettre seulement mon manteau et mes chaussures mais pas mon tablier. Je le laissai au fond de mon cartable et ne l'en sortis plus jamais.
Lorsque nous entrâmes en classe de troisième, je crois bien que plus personne, à Voisenon, n'avait de tablier à sa taille, à part peut-être quelques nouvelles qui n'étaient pas encore au parfum.
chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 98
Levant les yeux, je pus me rendre compte que tout le monde était bien là, y compris les plus bruyantes, qui me regardaient ensemble, comme si elles s'étaient dit des choses sur moi.
Des choses méchantes, à tous les coups.
Bien entendu, aucune n'avait son tablier. Était-ce encore de cela dont il était question ?
Non loin d'elles, Carole et ses copines, sans leurs tabliers, me regardaient aussi, sans parler. Ailleurs encore, d'autres filles me regardaient pareil, sans leurs tabliers. Anne et Fabienne en faisaient autant. Partout dans la classe, je ne voyais que des élèves de cinquième, sans leurs tabliers, qui me regardaient sans rien dire, d'un air d'attendre quelque chose, au nom de la classe.
Murielle, assise sur sa table, les pieds sur sa chaise, me regardait pareil que les autres, ni plus ni moins. Elle n'avait pas son tablier non plus. Anne-Marie était assise à côté d'elle.
chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 96
- Non, ce n'est pas mon cas et je ne suis pas la seule. D'un côté, oui, c'est vrai que c'est un détail vestimentaire qui séduit les snobs mais, d'un autre côté, Anne-Marie ne l'est pas, la soutenir ne l'est pas non plus. Puis, surtout, c'est une cause qu'on peut gagner parce qu'elle se joue au niveau local. Les grandes lignes du règlement scolaire, elles sont nationales. Nous, à notre niveau, on ne peut pas espérer y changer quelque chose. Par contre, l'uniforme et le port du tablier, c'est spécifique à Voisenon, à notre établissement, financé par nos propres parents. Alors, le dialogue est beaucoup plus facile. Si on arrive à faire entendre notre refus pour cet uniforme, on aura réussi à faire entendre notre refus pour quelque chose qui est à l'intérieur du règlement scolaire qu'on nous a forcé à signer. Ce sera la preuve qu'on n'était pas d'accord avec ce règlement et que notre signature nous a été volée. Mais, pour gagner, il faut qu'on soit toutes unies. Toutes les filles de la classe ont enlevé leur tablier. On n'attend plus que toi. »
Je partis sans répondre. Carole avait tort, c'était forcé, puisque nulle ne pouvait être plus intelligente que moi, surtout pas Carole ! mais, dans l'immédiat, je n'avais pas en tête les arguments pour le lui prouver.
chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 95
- Alors, où il est, le problème avec mon tablier ?
- Tu comprends pas qu'c'est pas seulement une question de snobisme ? C'est une façon de manifester ensemble notre désaccord avec le règlement scolaire qu'on a eu la cruauté de nous forcer à signer en début d'année.
- La "cruauté" ?! Le mot est peut-être un peu exagéré, tout de même.
- Pas du tout !
- N'empêche ! Dans le règlement scolaire, il y a des choses beaucoup plus graves qu'un simple détail vestimentaire. Y a qu'les snobinardes superficielles qui s'attardent à ça au lieu de s'attaquer au fond du problème. Toi, t'es p't-être comme elles mais pas moi.
chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 92
Madame la principale se rendit alors auprès de la seconde fille qui ne portait pas de tablier. C'était Anne-marie, la copine de Murielle.
Anne-Marie attendait madame la principale son carnet de correspondance entre ses mains. Elle le lui tendit en disant, ennuyée :
« J'ai pas d'tablier. Mes parents n'ont pas les moyens d'm'en acheter. »
Émue, madame la principale repoussa doucement le carnet de correspondance avec la paume de sa main en murmurant :
« Laissez ! »
Oui, maintenant, je me souvenais : c'était Anne-Marie, la première que j'avais vue à Voisenon sans tablier. Jusque-là, si un adulte de l'école lui en parlait, je l'avais toujours entendue répondre qu'elle l'avait oublié chez elle.
chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 91
Deux filles, néanmoins, ne portaient toujours pas les leurs. Madame la principale s'en aperçu. Elle se leva et se rendit vers l'une d'entre elles. C'était une copine à Marie-Annick, une pensionnaire.
« Où est votre tablier ?
- J'l'ai oublié dans mon dortoir.
- Qu'est-ce qu'il fait aux dortoirs, votre tablier ? Vous pensiez que ce n'était plus obligé pour les 5ème ? »
Silence !
« Que vous ne l'ayez pas sur vous, c'est une chose mais que vous l'ayez sorti de votre cartable et laissé dans les dortoirs, ça, je ne l'accepte pas. Si cela se reproduit, je serai obligée de vous punir. Est-ce que c'est bien compris ?
- Oui.
- Oui, qui ?
- Oui, madame la principale. »