diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
Affichage des articles dont le libellé est #bêtise. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est #bêtise. Afficher tous les articles

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 97

Le lendemain, dans la classe, pendant la récréation, j'étais assise à ma place, bien tranquillement, sans rien demander à personne et réciproquement. La classe était tellement silencieuse qu'il me sembla un instant que tout le monde en était sorti.

Cela m'inquiéta un peu parce que moi, comme j'étais tout le temps dans les nuages, il pouvait facilement arriver qu'une grande personne, prof ou surveillante, entrât dans la classe, nous prescrivît de nous rendre immédiatement à tel endroit et que moi, sortant un peu plus tard de mes rêveries, je découvrisse la classe vide autour de moi, genre : « ben, où ys sont ? » D'où venait ce calme inhabituel ?

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 92

Madame la principale se rendit alors auprès de la seconde fille qui ne portait pas de tablier. C'était Anne-marie, la copine de Murielle.

Anne-Marie attendait madame la principale son carnet de correspondance entre ses mains. Elle le lui tendit en disant, ennuyée :

« J'ai pas d'tablier. Mes parents n'ont pas les moyens d'm'en acheter. »

Émue, madame la principale repoussa doucement le carnet de correspondance avec la paume de sa main en murmurant :

« Laissez ! »

Oui, maintenant, je me souvenais : c'était Anne-Marie, la première que j'avais vue à Voisenon sans tablier. Jusque-là, si un adulte de l'école lui en parlait, je l'avais toujours entendue répondre qu'elle l'avait oublié chez elle.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 91

Deux filles, néanmoins, ne portaient toujours pas les leurs. Madame la principale s'en aperçu. Elle se leva et se rendit vers l'une d'entre elles. C'était une copine à Marie-Annick, une pensionnaire.

« Où est votre tablier ?

- J'l'ai oublié dans mon dortoir.

- Qu'est-ce qu'il fait aux dortoirs, votre tablier ? Vous pensiez que ce n'était plus obligé pour les 5ème ? »

Silence !

« Que vous ne l'ayez pas sur vous, c'est une chose mais que vous l'ayez sorti de votre cartable et laissé dans les dortoirs, ça, je ne l'accepte pas. Si cela se reproduit, je serai obligée de vous punir. Est-ce que c'est bien compris ?

- Oui.

- Oui, qui ?

- Oui, madame la principale. »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 90

Nous étions toutes debout en silence devant nos tables respectives, raides comme des piquets, bien à l'abri dans nos tabliers dûment ajustés.

Madame la principale me regarda et inclina la tête en avant en guise de félicitation parce que moi, la rejetée, la timide, la débile mentale, j'avais réussi à me faire entendre de toute la classe pour que nulle ne fût punie.

Moi, qui me remettais doucement de mes émotions, je jetai un œil vers Murielle, mon soutien en l'occurrence. Murielle, un modèle de sagesse dans son tablier bleu marine !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 89

Madame la principale fit son entrée dans la classe.

Elle avait l'air drôlement remontée, d'un coup ! Elle marchait, tête baissée, en direction du bureau du professeur, en maugréant :

« Je commence à en avoir assez qu'on vienne se plaindre à moi à propos de cette classe indisciplinée ! Qu'est-ce que j'apprends ? On aurait vu des élèves de cinquième dans les couloirs sans leurs tabliers ? Et même au réfectoire, m'a-t-on rapporté ! Ça, par exemple ! Que je n'aperçoive pas une seule élève, dans cette classe, qui ne porte pas son tablier ! Sinon, ça va mal aller pour elle. »

Elle ne nous regardait même pas. C'est seulement lorsqu'elle fut arrivée au bureau du professeur qu'elle s'y assit et observa l'ensemble de la classe.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 88

Se retournant pour voir à qui je parlais, toutes les filles virent Murielle sortir précipitamment son tablier de son cartable sans demander son reste. Alors, elles se dispersèrent comme une volée de moineau, chacune plongeant sur son cartable et…

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 87

Et pour cause ! elle était loin derrière tout le monde, à sa place, au premier rang, avec Anne-Marie à côté d'elle. Assise sur sa table, les pieds sur sa chaise, Murielle regardait la scène en se bidonnant.

Les regards des autres filles, interrogateurs et inquiets, étaient tous si bien rivés sur moi que nulle ne remarqua Murielle quand elle me fit un signe de tête en articulant sur ses lèvres : « c'est vrai ? » afin que je lui envoyasse un indice pour la mettre dans la confidence de ma supercherie, si c'en était une.

« Oui, c'est vrai ! »

m'écriai-je, paniquée.

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 86

Carole me regardait en hochant la tête d'un air sceptique. Il est vrai que je ne manquais jamais une occasion de la taquiner, tant elle prenait la mouche facilement.

Ça n'a rien à voir ! Èe sait même pas faire la part des choses. Qu'elle est bête, celle-là !… Murielle !

Murielle me connaissait. Encore, le mercredi d'avant, elle m'avait reçue chez elle et nous avions passé l'après-midi ensemble. Où était-elle donc ? Je ne parvenais pas à la repérer à l'intérieur de l'attroupement que j'avais devant moi.

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 85

- C'est toi qu'es allée te plaindre à la principale qu'on t'avait forcée à enlever ton tablier ? »

demanda Marie-Annick, toujours pleine d'idées tordues.

Le dialogue tourna en rond un moment, entre Marie-Annick et moi, tandis que toutes les autres filles de la classe, attroupées autour d'elle, se demandaient si c'était du lard ou du cochon parce que si elles ne voulaient pas se faire avoir en remettant leur tablier à tort, elles voulaient encore moins être punies. Il y avait urgence à se déterminer parce qu'il devait rester à peine trois minutes avant la sonnerie.

En tout cas, maintenant, j'espère qu'elle va venir, la principale, pour prouver qu'j'ai pas menti. Comme si moi, qui suis timide et qu'aime pas les ennuis, j'allais m'amuser à inventer des mensonges pour faire tomber toute la classe dedans ! Pourquoi elles préfèrent toutes écouter la méchante plutôt que moi ? Parce que chuis trop timide pour être convaincante ? Parce qu'elles me connaissent pas assez bien pour savoir qu'chuis pas une menteuse ? Carole me connaît !

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 84

- Et pourquoi elle t'aurait dit ça à toi ?

- J'en sais rien, moi. Èe m'l'a dit, c'est tout.

- C'est pas vrai ! Elle nous raconte des histoires pour nous faire remettre nos tabliers. »

clama Marie-Annick à l'attention de toutes les filles de la classe, qui s'étaient approchées et groupées en demi-cercle devant moi.

Ça y est, les ennuis recommencent ! Maintenant, elles vont toutes se faire punir et ça va être de ma faute parce que j'arrive même pas à leur faire comprendre qu'elles seront punies si elles remettent pas leurs tabliers.

« Mais j'vous dis qu'c'est vrai !!!

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 83

La boule au ventre, je traversais d'un pas rapide et nerveux le fond de la classe, pour aller rejoindre ma place, quand j'entendis la voix de Marie-Annick :

« Où elle va, comme ça ? »

mais quand elle me vit ressortir mon tablier de mon cartable, elle se déplaça jusqu'à moi, suivie de ses copines, comme si elle voulait m'embêter parce qu'elle estimait que je lui faisais un affront.

Oui, ben en attendant, je me dépêchai d'enfiler mon tablier et la prévint qu'elle avait intérêt à en faire autant parce que la principale allait venir d'un instant à l'autre et punir toutes celles qui ne l'auraient pas.

« J'le sais. Èe m'l'a dit.

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 82

« Si, si. Le port du tablier est toujours obligatoire dans cet établissement, même pour les 5ème. D'ailleurs, je vais venir faire un tour dans votre classe avant la reprise des cours et toutes celles qui ne porteront pas leur tablier seront punies. Alors, allez vite remettre le vôtre et comprenez bien ! Je ne veux punir personne mais toute élève que je verrai sans son tablier, je serai obligée de la punir. »

Oh là là là là ! Y a pas à dire, j'ai la poisse. Faut toujours qu'tout s'passe mal, pour moi.

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 81

Dans ces cas-là, il ne faut pas la ramener trop fort. Je ne pouvais pas dire que c'était l'ensemble de la classe qui avait viré les tabliers. Sinon, madame la principale allait se mettre en colère et punir tout le monde. Ce n'était pas le but de la manœuvre. Pour l'instant, elle parlait calmement, il était dans l'intérêt de tout le monde et de moi-même que je ne la misse pas en colère. Alors, rester évasive, genre : « il m'a vaguement semblé percevoir comme une légère absence de tablier, que je ne saurais décrire précisément », ça me paraissait la meilleure stratégie. Du coup, qu'elle reformulât mon propos sous la forme selon laquelle je ne me souvenais pas qui était la première de la classe que j'avais vue sans son tablier, ça m'arrangeait bien parce que, d'une part, c'était vrai et, d'autre part, ça brouillait un peu les pistes mais bon, ce n'était pas non plus une raison pour pavoiser insolemment, genre :« je l'ai bien eue ». Cela aurait été un manque de respect qui n'aurait pu que mettre madame la principale en colère. Je n'étais pas encore tirée d'affaires !

extrait de Obéissez !

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 116

« Ah non ! pas moi. »

se défendit Muriel avec un sourire malicieux, comme ayant déjoué un mauvais tour que j'aurais voulu lui faire.

« Pas toi quoi ? Qu'est-ce qu'y y a ? Qu'est-ce que t'as vu ? C'est qu'une balle !

- Non, non, pas moi. J'la toucherai pas. »

continua-t'elle, taquine.

Voulant comprendre, j'insistai mais, bientôt, Muriel changea d'attitude, comme inquiète par le jouet que j'avais ramassé et tenais entre mes mains, dans cette arrière-cour où elle se sentit soudain coincée, apparemment.

« Non, pas moi ! Me touche pas avec la balle ! La lance pas ! Faut pas qu'ce soit moi ! J'peux pas ! »

Face à son affolement, je dus renoncer à lui demander plus ample explication et la balle retourna dans la caisse à jouets.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 113

Vous trouvez pas qu'y a kek'chose qui cloche, là ? J'en ai marre, de ces histoires, à la fin ! C'est qu'une balle.

C'était l'été. C'était les grandes vacances, je les passais dans la maison, à Cesson, paisiblement, entre la maison, la télé, le jardin, le portique et la salle de jeux et là, je retombais toujours sur cette vieille balle de tennis soi-disant ensorcelée qui revenait à chaque fois assombrir le tableau de mes vacances. Je ne voulais plus voir là qu'une balle ordinaire.

Elle a jamais été ensorcelée, cette balle. C'est des bêtises. Comment ça s'pourrait ? Moi, j'avais déposé un baiser dessus mais c'était pour porter bonheur, pas pour faire faire des cauchemars (c'est juste que j'pouvais pas dire ça à Olivier parce que chuis timide). Et mon cadeau m'a été rendu, c'est qu'Olivier voulait pas d'mon amour. Alors, sur le chemin du retour, j'étais tellement triste que j'ai vu dans mon imagination des serpents qui voulaient dévorer ma balle. C'était le reflet des tourments qui voulaient dévorer mon cœur et puis c'est tout. Y a jamais eu d'serpents. C'est juste des histoires que j'me suis inventées pour combattre mes tourments mais, maintenant, c'est fini. Une balle, c'est qu'une balle.