diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
Affichage des articles dont le libellé est #peur. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est #peur. Afficher tous les articles

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 90

Nous étions toutes debout en silence devant nos tables respectives, raides comme des piquets, bien à l'abri dans nos tabliers dûment ajustés.

Madame la principale me regarda et inclina la tête en avant en guise de félicitation parce que moi, la rejetée, la timide, la débile mentale, j'avais réussi à me faire entendre de toute la classe pour que nulle ne fût punie.

Moi, qui me remettais doucement de mes émotions, je jetai un œil vers Murielle, mon soutien en l'occurrence. Murielle, un modèle de sagesse dans son tablier bleu marine !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 85

- C'est toi qu'es allée te plaindre à la principale qu'on t'avait forcée à enlever ton tablier ? »

demanda Marie-Annick, toujours pleine d'idées tordues.

Le dialogue tourna en rond un moment, entre Marie-Annick et moi, tandis que toutes les autres filles de la classe, attroupées autour d'elle, se demandaient si c'était du lard ou du cochon parce que si elles ne voulaient pas se faire avoir en remettant leur tablier à tort, elles voulaient encore moins être punies. Il y avait urgence à se déterminer parce qu'il devait rester à peine trois minutes avant la sonnerie.

En tout cas, maintenant, j'espère qu'elle va venir, la principale, pour prouver qu'j'ai pas menti. Comme si moi, qui suis timide et qu'aime pas les ennuis, j'allais m'amuser à inventer des mensonges pour faire tomber toute la classe dedans ! Pourquoi elles préfèrent toutes écouter la méchante plutôt que moi ? Parce que chuis trop timide pour être convaincante ? Parce qu'elles me connaissent pas assez bien pour savoir qu'chuis pas une menteuse ? Carole me connaît !

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 83

La boule au ventre, je traversais d'un pas rapide et nerveux le fond de la classe, pour aller rejoindre ma place, quand j'entendis la voix de Marie-Annick :

« Où elle va, comme ça ? »

mais quand elle me vit ressortir mon tablier de mon cartable, elle se déplaça jusqu'à moi, suivie de ses copines, comme si elle voulait m'embêter parce qu'elle estimait que je lui faisais un affront.

Oui, ben en attendant, je me dépêchai d'enfiler mon tablier et la prévint qu'elle avait intérêt à en faire autant parce que la principale allait venir d'un instant à l'autre et punir toutes celles qui ne l'auraient pas.

« J'le sais. Èe m'l'a dit.

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 40

Cependant, dès que nous étions sorties en récréation, tout avait basculé d'un coup. Tout avait recommencé exactement pareil qu'en maternelle, le même cauchemar, et moi, j'avais pleuré parce que ce n'était pas possible autrement.

Mais là, la nouvelle maîtresse, du cours préparatoire, s'était approchée et avait grondé toutes les filles qui m'entouraient, qui se moquaient de moi et me montraient du doigt en disant :

« Hou, la pleureuse ! Hou, la pleureuse ! »

Alors, les filles, penaudes, avaient arrêté de m'embêter mais l'une d'elles, une brune aux cheveux raides, s'était retournée vers la maîtresse et lui avait répondu :

« C'est la maîtresse [de maternelle] qui nous a appris. »

Il y avait de la contrariété dans sa voix, on aurait dit qu'elle avait reproduit la scène qui s'était perpétuée tout au long de l'année de maternelle pour prendre la nouvelle maîtresse à témoin du mal que l'ancienne avait obligé tous les enfants à me faire.

Cette fille, je crois bien que c'était Laurence. Vous savez, celle avec les petites joues toutes roses qui est déjà apparue dans mon chapitre X.

extrait de La pleureuse

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 38

À la maternelle, en récréation, il y avait Claire et Sylvie qui voulaient toujours jouer avec moi mais si j'acceptais de les suivre dans leurs jeux, la maîtresse venait et me punissait. Alors, à la fin de l'année, je leur avais dit que nous pourrions jouer ensemble quand nous serions à la grande école mais Claire était triste parce qu'elle déménageait et ne verrait plus jamais ni Sylvie ni moi.

Et là, la maîtresse était venue me voir et m'avait dit, genre :

« L'année prochaine, à la grande école, tu vas avoir une nouvelle maîtresse, qui ne sera pas comme moi. Alors, tu crois que tu es débarrassée de moi, que tu vas enfin pouvoir rire et jouer comme les autres enfants, en récréation ? Détrompe-toi ! Ce que je t'ai fait te poursuivra encore longtemps. Tu ne t'en relèveras pas comme ça. »

extrait de La pleureuse

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 37

Quand on était en cours, encore, ça allait. Je restais là, assise, sans bouger et je m'enfermais dans mon imaginaire en attendant la fin. Mon inertie ne causait aucune pénibilité aux professeurs dans le cadre de leur activité salariée donc ils ne me punissaient pas et je me faisais si bien oublier qu'ils me dérangeaient peu. Je m'ennuyais paisiblement.

Par contre, la récréation, ce n'était pour moi que larmes et tourments.

extrait de La pleureuse

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 36

Bien évidemment, les filles les plus agitées de la classe, les plus turbulentes, celles qui faisaient des bêtises pour fuir le règlement, se trouvaient aussi être celles qui m'embêtaient le plus. À l'école, le sort des enfants était si dur qu'ils avaient besoin d'un défouloir. Puisqu'ils ne pouvaient pas retourner contre l'enseignant le mal qu'il leur faisait sous peine d'être punis, ils évacuaient ce mal en le retournant contre quelqu'un d'autre, quelqu'un qui ne pouvait pas se défendre.

Depuis la maternelle, la tête de Turc, c'était moi tout le temps.

extrait de La pleureuse

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 31

Sitôt dit, il commença son tour mais personne n'envisageait de signer puisque ça allait à l'encontre de ce qui avait communément été convenu. Tous les paragraphes, l'un après l'autre, avaient été étudiés et concertés. Des corrections y avaient été apportées pour les rendre plus justes et compatibles avec notre épanouissement intellectuel. C'était un projet sérieux, construit par toute la classe, en vue d'être présenté à la négociation devant les adultes. Alors, non ! Signer maintenant aurait été trahir la classe autant que se trahir soi-même.

Si le prof allait se placer devant une élève en particulier pour faire pression sur elle, elle se tournait vers les autres, à la recherche d'un soutien, et ne signait pas.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 103

Le tumulte de voix redoubla pour couvrir la mienne. Je n'entendais plus que :

« Jette dans la poubelle ! Jette dans la poubelle ! »

répété et répété encore, de sorte à empêcher mon cerveau de penser autre chose que ces quatre mots. Je ne pouvais rien faire, j'étais complètement déstabilisée par ces voix imaginaires qui me remplissaient la tête.

Ben, j'comprends qu'la plupart des filles, à ma place, èes iraient vite se débarrasser d'leur balle dans c'te fichue poubelle publique et partiraient en courant. Tu m'étonnes ! Ouais mais là, c'est la balle à Olivier que j'tiens et il est pas question d'en faire cadeau aux serpents. Ça, non ! Dans la cour de récréation, c'est Olivier l'plus fort pour prendre ma défense contre Gildas mais dans l'monde des cauchemars, c'est moi la plus forte parce que moi, j'ai pas peur. J'ai combattu des monstres bien plus terribles, à Courbevoie. C'est moi qui dois protéger Olivier.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 101

Les serpents s'étaient trahis devant mon aplomb et il m'apparut que mon seul et pire cauchemar de Cesson, ce n'étaient rien que des enfants, une bande de mauvais garnements qui s'amusaient à faire peur aux filles.

Se voyant démasqués, ils se dirent entre eux :

« Faut qu'elle ait peur de nous ! Faut lui faire peur ! Faut pas la laisser partir avec c'qu'èe tient dans la main ! Faut qu'èe nous l'donne ! »

Alors ça, c'est c'qu'on va voir !

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 97

Le lendemain matin, quand j'arrivai à l'école, dans la cour de récréation, Olivier vint à ma rencontre, la vieille balle de tennis dans la main, et m'annonça gravement :

« J'ai mis la balle dans ma chambre pour dormir et j'ai fait des cauchemars. Elle est ensorcelée. Reprends-la !

- Mais ! ça s'peut pas, pour de vrai. J'disais ça pour rigoler.

- Je sais pas. J'ai peur. Reprends-la, s'il te plaît ! »

Devant son insistance, je repris la balle, blessée que mon cadeau me fût retourné et Olivier me demanda :

« Tu vas la ramener chez toi ?

- Ben oui. »

Pourquoi y m'demande ça ?

extrait de Malédiction

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 92

Petit à petit, les enfants de la classe se mirent à jouer tous ensemble au ballon. C'était sympa, comme ambiance, mais moi, je ne savais pas jouer au ballon ; je ne savais d'ailleurs pas jouer du tout dans une cour de récréation.

J'avais quitté les débats politiques de la ville pour les jeux de ballon de la campagne et je me sentais bien incapable d'y participer. Je n'étais pas sportive et j'avais la vue abîmée par les traumatismes que j'avais subis quand j'avais cinq ans. Je n'étais pas au niveau pour jouer avec les autres et j'étais bien trop timide pour oser entrer dans le groupe mais, toujours, du milieu du terrain, une voix appelait mon prénom et il n'y avait pas d'autre Angélique. Alors, je venais me placer dans le groupe et je restais là, debout. Je ne jouais pas, je ne savais pas. Je me sentais incapable de jouer et j'étais pétrifiée par la timidité mais j'étais là, au milieu des autres qui jouaient, au lieu d'être toute seule dans mon coin.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 91

… par un instituteur qui, lui, n'intervenait jamais pour empêcher que je fusse victime de violences à l'école. Pourtant, en classe, il me traitait comme si j'étais sa chouchoute, faisant preuve, continuellement, d'une injustice grossière en ma faveur. Moi, la chouchoute de l'instit ? Non mais c'est le monde à l'envers, sans déconner ! On aurait dit qu'il faisait ça exprès pour tenter de monter les enfants de Cesson contre moi. J'avais honte !

D'autant que, quand il me regardait, il m'a déjà semblé voir de la haine dans ses yeux mais jamais de tendresse. Même qu'au début de l'année, il m'avait rejetée dédaigneusement par un :

« Toi, j't'apprendrai rien. T'en sais déjà trop. »

alors que tout ce que l'école et lui-même étaient supposés connaître de moi, c'était mon bulletin scolaire de l'année précédente, lequel était tellement moyen que la directrice de l'école de Courbevoie m'avait prévenue que mon passage en CM2 n'allait peut-être pas être accepté dans ma nouvelle école.

Mon maître du CM2, lui aussi, était nouveau à l'école de Cesson, tout comme le directeur qui, d'ailleurs, m'avait aussi dit des trucs bizarres à l'oreille, le jour de la rentrée, avant de m'envoyer dans l'autre classe de CM2 : il m'avait dit qu'il attendait de moi mieux que la perfection.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 90

Je voulais aussi me faire d'autres amis mais j'étais trop timide, je n'y arrivais pas. Dans la cour de récréation, Muriel était toujours avec moi et la conversation ne tarissait jamais entre nous deux et, en plus, elle était copine avec tout le monde mais moi, dès qu'une de ses copines venait lui parler, c'était plus fort que moi, la timidité reprenait le dessus et j'étais muette.

Olivier, il était à l'opposé de moi. D'ailleurs, il habitait loin de chez moi, je ne le voyais pas, en dehors de l'école. Bien que nouveau, il entraînait derrière lui des garçons de la classe dans ses jeux parce qu'il était joyeux et plein d'entrain mais il était agité, le maître le punissait tout le temps.

Par contre, dans la classe, y a un méchant qui s'appelle Gildas. Même, un jour, dans la rue, y m'a donné un coup de pied et j'ai saigné. En récréation aussi, y voudrait bien m'embêter mais y peut pas parce qu'à chaque fois, Olivier vient prendre ma défense et c'est toujours Olivier l'plus fort. En plus, il est beau. Mais, après, y s'fait tout l'temps punir pour s'être battu…

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 81

« C'est des cauchemars ! »

hurlai-je pour alerter tout le monde.

« Ben, qu'est-ce qui t'prend ? Ça va pas, non ! Tais-toi ! Baisse la tête ! »

gronda Maman à voix basse.

J'insistai, persuadée qu'il y avait danger et qu'il fallait prendre la poudre d'escampette mais ma mère me força à me taire et la messe se poursuivit exactement comme si je n'étais pas intervenue.

À l'issue de la cérémonie, lorsque nous sortîmes de l'église, Papa, Maman, Tonton et Tata s'accordèrent à dire qu'il était tard et que j'étais fatiguée.

C'était quand j'avais quatre ans.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 80

Tandis que, jusque-là, la messe s'était déroulée paisiblement, comme à l'accoutumée, le prêtre, debout face à l'assemblée, étendit ses deux bras sur les côtés, laissant flotter sous eux le tissu des larges manches de son vêtement de prêtre et ça me donna subitement un drôle de sentiment d'angoisse. On aurait dit une chauve-souris géante.

Je clignai des yeux en secouant la tête un coup bref, de sorte à chasser cette vilaine impression et regardai mieux ces larges manches que le prêtre étendait et qui me faisaient penser à des ailes de chauve-souris. J'en vis sortir des fluides chargés d'angoisse et d'épouvante. Rouges, bleus, noirs, gris, aux couleurs de l'orage, ces fluides, une fois libérés, se déplaçaient dans l'église à vive allure. J'en suivis certains du regard et les vis s'engouffrer dans des crânes qui s'offraient à eux bêtement.

Tous les crânes de l'assemblée s'offraient bêtement à ces fluides cauchemardesques parce que tous les fidèles étaient debout, tête baissée, selon le rituel de la messe. Face à eux, face à nous, le prêtre continuait à faire sortir des cauchemars de ses manches et les jeter, par les paumes de ses mains ouvertes, sur ces pauvres gens qui continuaient, confiants, à lui offrir leurs crânes.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 76

On m'éloigna de quelques pas, sur le chemin du retour, pour me dire :

« Ça y est ! c'est fini. Là ! tout va bien. »

tandis que Tonton était resté en arrière, près de la poubelle, comme s'il parlait aux serpents.

Plus tard, dans la journée, je retrouvai mon nounours à la maison, tranquillement posé sur un canapé. Pourtant, avant la balade, j'étais persuadée qu'il était rangé dans la salle de jeux. J'en aurais mis ma main à couper.

Je me souvenais avoir fait un drôle de rêve, dans l'après-midi, mais je ne me souvenais ni être allée faire la sieste ni m'en être réveillée.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 75

Entre l'épouvante et l'insistance sous laquelle on me mettait à regarder, je les vis quand même, à travers la paroi de la poubelle et j'en fus terrifiée. Alors, je dus avouer tout le mensonge.

« Y a mon nounours, dans la poubelle !

- Qu'est-ce qu'y fait dans la poubelle, ton nounours ?

- Il est tombé. »

Et je vis, à travers l'écran de la paroi de la poubelle, les serpents attaquer mon nounours. Le pauvre petit nounours se faisait chahuter dans tous les sens mais il riait parce qu'il ne comprenait pas qu'il était agressé, dévoré. Et moi, je pleurais.

Je ne pouvais que regarder. Mon nounours se faisait déchiqueter par les méchants serpents. Il était nu, c'était obscène et il riait. Mon pauvre petit nounours mourait dans la honte et moi, je pleurais. J'étais tétanisée.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 74

- Si, ils sont là. Viens voir ! »

Maman vint se pencher à son tour au-dessus de la poubelle et confirma qu'il y avait bel et bien des serpents.

« Viens ! Regarde ! »

Je ne voulais pas m'approcher de la poubelle parce que j'avais peur des serpents. J'avais peur qu'ils en jaillissent et me sautassent dessus.

chapitre 16 On ne peut vivre qu'une destinée à la fois extrait 73

Tata se pencha quand même, regarda à l'intérieur de la poubelle et déclara très sérieusement :

« Ah ! oui, en effet, y a des serpents. »

La frayeur de cette annonce me parcourut l'échine. Comment se faisait-il que Tata avait vu des serpents dans la poubelle ? Il n'y étaient pas quand j'avais mis le nounours.

Sans doute Tata avait-elle cru voir des serpents dans la poubelle parce qu'elle avait cru le mensonge. Alors, je devais l'avouer un petit peu.

« Y a pas d'serpents, dans la poubelle.

- Mais si, je les vois, insista Tata très calmement.

- Nan, ys sont partis. Y en a pus.