diffusion du livre d'Angélique Andthehord
SEX AND DESTROY Un nouveau son rock ?
Nouvel extrait vendredi 3 février 2023. Bonne lecture !
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chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 100

Par la suite, il y eut peut-être des rappels à l'ordre, de temps en temps, ne serait-ce que pour vérifier que tout le monde avait bien son tablier dans son cartable, au cas où il y aurait eu une inspection. Alors, les tabliers s'oubliaient, se rappelaient à la mémoire, redisparaissaient ; libre à chacune de l'enlever à son rythme. Moi, dans l'ensemble, je n'étais pas de celles qui l'oubliaient beaucoup parce que j'étais d'une nature particulièrement lente. Alors, si tout le monde avait eu à le ressortir du cartable et l'enfiler en urgence, j'aurais eu un métro de retard.

Les petites 6ème suivirent un peu le mouvement et oublièrent, elles aussi, les tabliers au fond des cartables. Par contre, les grandes, de la quatrième à la terminale, continuaient à revêtir scrupuleusement les leurs en regardant notre étrange non-conformisme d'un œil perplexe.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 96

- Non, ce n'est pas mon cas et je ne suis pas la seule. D'un côté, oui, c'est vrai que c'est un détail vestimentaire qui séduit les snobs mais, d'un autre côté, Anne-Marie ne l'est pas, la soutenir ne l'est pas non plus. Puis, surtout, c'est une cause qu'on peut gagner parce qu'elle se joue au niveau local. Les grandes lignes du règlement scolaire, elles sont nationales. Nous, à notre niveau, on ne peut pas espérer y changer quelque chose. Par contre, l'uniforme et le port du tablier, c'est spécifique à Voisenon, à notre établissement, financé par nos propres parents. Alors, le dialogue est beaucoup plus facile. Si on arrive à faire entendre notre refus pour cet uniforme, on aura réussi à faire entendre notre refus pour quelque chose qui est à l'intérieur du règlement scolaire qu'on nous a forcé à signer. Ce sera la preuve qu'on n'était pas d'accord avec ce règlement et que notre signature nous a été volée. Mais, pour gagner, il faut qu'on soit toutes unies. Toutes les filles de la classe ont enlevé leur tablier. On n'attend plus que toi. »

Je partis sans répondre. Carole avait tort, c'était forcé, puisque nulle ne pouvait être plus intelligente que moi, surtout pas Carole ! mais, dans l'immédiat, je n'avais pas en tête les arguments pour le lui prouver.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 95

- Alors, où il est, le problème avec mon tablier ?

- Tu comprends pas qu'c'est pas seulement une question de snobisme ? C'est une façon de manifester ensemble notre désaccord avec le règlement scolaire qu'on a eu la cruauté de nous forcer à signer en début d'année.

- La "cruauté" ?! Le mot est peut-être un peu exagéré, tout de même.

- Pas du tout !

- N'empêche ! Dans le règlement scolaire, il y a des choses beaucoup plus graves qu'un simple détail vestimentaire. Y a qu'les snobinardes superficielles qui s'attardent à ça au lieu de s'attaquer au fond du problème. Toi, t'es p't-être comme elles mais pas moi.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 93

Bref, voilà, il fallait mettre le tablier, si tant est qu'on en eût un. Par la suite, des filles recommencèrent à l'oublier dans le cartable. On a le droit d'être étourdie mais bon, au bout du compte, il arrive toujours un moment où il faut penser à le remettre. Alors, à quoi bon courir le risque d'être punie ? C'est la fatalité. L'école, c'est comme ça. Tout ce qu'on peut faire, c'est attendre que l'obligation d'y aller soit terminée pour pouvoir enfin se consacrer à sa propre vie ; et faire en sorte, quand on sera grands, de ne pas faire subir cela à nos enfants.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 92

Madame la principale se rendit alors auprès de la seconde fille qui ne portait pas de tablier. C'était Anne-marie, la copine de Murielle.

Anne-Marie attendait madame la principale son carnet de correspondance entre ses mains. Elle le lui tendit en disant, ennuyée :

« J'ai pas d'tablier. Mes parents n'ont pas les moyens d'm'en acheter. »

Émue, madame la principale repoussa doucement le carnet de correspondance avec la paume de sa main en murmurant :

« Laissez ! »

Oui, maintenant, je me souvenais : c'était Anne-Marie, la première que j'avais vue à Voisenon sans tablier. Jusque-là, si un adulte de l'école lui en parlait, je l'avais toujours entendue répondre qu'elle l'avait oublié chez elle.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 91

Deux filles, néanmoins, ne portaient toujours pas les leurs. Madame la principale s'en aperçu. Elle se leva et se rendit vers l'une d'entre elles. C'était une copine à Marie-Annick, une pensionnaire.

« Où est votre tablier ?

- J'l'ai oublié dans mon dortoir.

- Qu'est-ce qu'il fait aux dortoirs, votre tablier ? Vous pensiez que ce n'était plus obligé pour les 5ème ? »

Silence !

« Que vous ne l'ayez pas sur vous, c'est une chose mais que vous l'ayez sorti de votre cartable et laissé dans les dortoirs, ça, je ne l'accepte pas. Si cela se reproduit, je serai obligée de vous punir. Est-ce que c'est bien compris ?

- Oui.

- Oui, qui ?

- Oui, madame la principale. »

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 90

Nous étions toutes debout en silence devant nos tables respectives, raides comme des piquets, bien à l'abri dans nos tabliers dûment ajustés.

Madame la principale me regarda et inclina la tête en avant en guise de félicitation parce que moi, la rejetée, la timide, la débile mentale, j'avais réussi à me faire entendre de toute la classe pour que nulle ne fût punie.

Moi, qui me remettais doucement de mes émotions, je jetai un œil vers Murielle, mon soutien en l'occurrence. Murielle, un modèle de sagesse dans son tablier bleu marine !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 89

Madame la principale fit son entrée dans la classe.

Elle avait l'air drôlement remontée, d'un coup ! Elle marchait, tête baissée, en direction du bureau du professeur, en maugréant :

« Je commence à en avoir assez qu'on vienne se plaindre à moi à propos de cette classe indisciplinée ! Qu'est-ce que j'apprends ? On aurait vu des élèves de cinquième dans les couloirs sans leurs tabliers ? Et même au réfectoire, m'a-t-on rapporté ! Ça, par exemple ! Que je n'aperçoive pas une seule élève, dans cette classe, qui ne porte pas son tablier ! Sinon, ça va mal aller pour elle. »

Elle ne nous regardait même pas. C'est seulement lorsqu'elle fut arrivée au bureau du professeur qu'elle s'y assit et observa l'ensemble de la classe.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 88

Se retournant pour voir à qui je parlais, toutes les filles virent Murielle sortir précipitamment son tablier de son cartable sans demander son reste. Alors, elles se dispersèrent comme une volée de moineau, chacune plongeant sur son cartable et…

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 84

- Et pourquoi elle t'aurait dit ça à toi ?

- J'en sais rien, moi. Èe m'l'a dit, c'est tout.

- C'est pas vrai ! Elle nous raconte des histoires pour nous faire remettre nos tabliers. »

clama Marie-Annick à l'attention de toutes les filles de la classe, qui s'étaient approchées et groupées en demi-cercle devant moi.

Ça y est, les ennuis recommencent ! Maintenant, elles vont toutes se faire punir et ça va être de ma faute parce que j'arrive même pas à leur faire comprendre qu'elles seront punies si elles remettent pas leurs tabliers.

« Mais j'vous dis qu'c'est vrai !!!

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 83

La boule au ventre, je traversais d'un pas rapide et nerveux le fond de la classe, pour aller rejoindre ma place, quand j'entendis la voix de Marie-Annick :

« Où elle va, comme ça ? »

mais quand elle me vit ressortir mon tablier de mon cartable, elle se déplaça jusqu'à moi, suivie de ses copines, comme si elle voulait m'embêter parce qu'elle estimait que je lui faisais un affront.

Oui, ben en attendant, je me dépêchai d'enfiler mon tablier et la prévint qu'elle avait intérêt à en faire autant parce que la principale allait venir d'un instant à l'autre et punir toutes celles qui ne l'auraient pas.

« J'le sais. Èe m'l'a dit.

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 82

« Si, si. Le port du tablier est toujours obligatoire dans cet établissement, même pour les 5ème. D'ailleurs, je vais venir faire un tour dans votre classe avant la reprise des cours et toutes celles qui ne porteront pas leur tablier seront punies. Alors, allez vite remettre le vôtre et comprenez bien ! Je ne veux punir personne mais toute élève que je verrai sans son tablier, je serai obligée de la punir. »

Oh là là là là ! Y a pas à dire, j'ai la poisse. Faut toujours qu'tout s'passe mal, pour moi.

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 81

Dans ces cas-là, il ne faut pas la ramener trop fort. Je ne pouvais pas dire que c'était l'ensemble de la classe qui avait viré les tabliers. Sinon, madame la principale allait se mettre en colère et punir tout le monde. Ce n'était pas le but de la manœuvre. Pour l'instant, elle parlait calmement, il était dans l'intérêt de tout le monde et de moi-même que je ne la misse pas en colère. Alors, rester évasive, genre : « il m'a vaguement semblé percevoir comme une légère absence de tablier, que je ne saurais décrire précisément », ça me paraissait la meilleure stratégie. Du coup, qu'elle reformulât mon propos sous la forme selon laquelle je ne me souvenais pas qui était la première de la classe que j'avais vue sans son tablier, ça m'arrangeait bien parce que, d'une part, c'était vrai et, d'autre part, ça brouillait un peu les pistes mais bon, ce n'était pas non plus une raison pour pavoiser insolemment, genre :« je l'ai bien eue ». Cela aurait été un manque de respect qui n'aurait pu que mettre madame la principale en colère. Je n'étais pas encore tirée d'affaires !

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 80

En revenant, dans le couloir, j'eus comme un mauvais pressentiment et pof ! madame la principale me tomba dessus.

« Dites voir ! Qu'est-ce que vous faites sans votre tablier ? »

J'le sentais ! pourquoi fallait qu'ça tombe sur moi ? Les autres, on leur dit jamais rien et moi, j'ai le droit de rien faire !

« Le port du tablier est obligatoire, dans cet établissement. Où est le vôtre ? demanda calmement la principale.

- Dans mon cartable, répondis-je d'une petite voix hésitante.

- Qu'est-ce qu'il fait dans votre cartable ?

- J'croyais qu'c'était plus obligé pour les 5ème.

- Vous pensiez que c'n'était plus obligé pour les 5ème ! Qu'est-ce qui vous a mis cette idée dans la tête ? Vous avez vu quelqu'un de cinquième qui ne portait pas son tablier ?

- Ououi… mais ch'sais plus qui c'était.

- Vous ne vous souvenez pas qui est la première que vous avez vu sans son tablier ?

- Non, j'm'en souviens pas. »

extrait de Obéissez !

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 79

Tout le monde me regardait, tout le monde attendait ma réaction. Visiblement, toute la classe partageait l'avis de Marie-Annick mais je ne perçus aucune pression exercée sur moi, ce qui aurait été suffisant pour que je me renfermasse sur moi-même et qu'on ne pût rien obtenir de moi. Même Marie-Annick, quand elle voulait m'embêter, elle venait à côté de moi alors que, là, elle ne me parlait que depuis sa place, de l'autre côté de la classe.

« De quoi t'as peur ? insista-t-elle. Si on t'dit quelque chose, t'auras qu'à répondre que tu croyais qu'c'était plus obligé pour les 5ème. »

C'est vrai, après tout. Pourquoi ça serait obligé pour moi alors que les autres, elles le mettent jamais, ni dans la classe, ni dans les couloirs, ni au réfectoire, ni dans le parc et on leur dit jamais rien.

Du coup, je me levai, enlevai mon tablier, le pliai et le rangeai au fond de mon cartable. Sur ce, je quittai la classe pour aller aux cabinets.

extrait de Les 5ème

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 78

« Pourquoi tu gardes ton tablier ? »

me demanda Marie-Annick.

Je restai muette, pensant que c'était encore un nouveau prétexte qu'elle avait trouvé pour me chercher des histoires et m'embêter.

« Tu vois bien que plus personne le porte, ici. Fais comme tout le monde, enlève-le ! »

Je survolai du regard l'ensemble de la classe et vis toutes les têtes tournées vers moi. Par contre, de tablier, je n'en vis qu'un, le mien.

« Et qu'est-ce que ça peut vous faire, si moi j'le garde ? retournai-je à Marie-Annick.

- Parce qu'on veut qu'il tombe dans l'oubli mais c'est pas possible si, toi, tu t'trimbales tout l'temps avec le tien. Alors, fais comme nous, cache-le au fond de ton cartable ! »

extrait de Les 5ème

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 76

Dans la classe, pendant les récréations, les filles, entre copines, se racontaient leurs petites histoires, se faisaient des coiffures, jouaient à la crapette, jouaient à la crapette et jouaient à la crapette. Quant à moi, je restais tout le temps toute seule dans mon coin, assise à ma place, à me raconter en boucle de jolies histoires imaginaires de cabane que j'aurais bâtie dans la forêt avec celui qui aurait été mon amoureux, afin d'y élever notre futur bébé.

extrait de Repérées

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 71

Un autre soir, pareil, à Cesson , en revenant de l'école, Carole repassa à l'attaque, me rejoignant sur le trottoir juste pour me dire d'enlever mon tablier ; comme si elle s'imaginait que j'allais faire à son idée.

« Tu l'fais exprès pour te faire remarquer ou quoi ?

- Quoi ?

- Tu vois pas qu't'es la seule, dans la classe, qui porte encore son tablier ? Moi, à ta place, j'me sentirais mal. Fais comme tout le monde ! Laisse-le dans ton cartable !

- N'importe quoi ! Le tablier, il est obligatoire pour tout l'monde. Tu l'sais bien.

- Tu vois bien qu'non. Regarde autour de toi, au lieu de rester tout l'temps le nez dans tes chaussures ! »

Mouais, des fois, je voyais que des filles oubliaient de mettre leur tablier et puis, quand il y avait des rappels à l'ordre, elles le remettaient.

Tant qu'à l'enlever pour le remettre, autant le garder.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 69

À Voisenon, nous devions porter un uniforme, au sens large. En fait, nous avions le droit de mettre les habits que nous voulions pourvu que le bas (jupe, pantalon ou robe) fût bleu marine (jeans interdit) et le haut bleu ou blanc ; et, par-dessus, nous portions un tablier bleu marine, le même pour toutes les classes de la sixième à la terminale, vendu dans une boutique à Melun (même que ma mère avait dit qu'il n'était vraiment pas donné).

À Voisenon, j'avais toujours vu toutes les filles se conformer à cette règle sans faire d'histoires sauf que, depuis quelques temps, quand nous montions dans le car, le soir après l'école, je voyais des filles qui s'empressaient de retirer leur tablier, comme s'il pesait trop lourd sur leurs épaules, qu'elles étouffaient dessous et ne le supportaient plus. Les grandes ne faisaient pas cela, elles gardaient toutes leurs tabliers bien sagement comme ça s'était toujours fait. C'est seulement des filles de ma classe qui se comportaient ainsi. Carole s'était donc mise à en faire autant tandis que moi, c'était le dernier de mes soucis.

chapitre 17 À quoi sert l'école ? extrait 68

Notre car de ramassage scolaire nous prenait le matin et nous déposait le soir sur la place Vernot. Ensuite, Carole et moi avions un petit bout de chemin en commun, après quoi Carole bifurquait à gauche, dans Cesson-l'Église tandis que je continuais tout droit, vers la gare. Vous l'aurez compris, notre petit bout de chemin en commun, nous le parcourions rarement côte à côte.

Ce soir-là, je marchais sur le trottoir, bien tranquillement, pour rentrer chez moi, quand Carole, quelques mètres derrière, pressa le pas pour me rejoindre et me dire :

« T'as pas honte de t'trimballer dans la rue avec ce vieux tablier hideux ! Retire-le donc !

- Hein ?

- On n'est pas à Voisenon, ici. T'es pas obligée d'porter ton tablier. Alors, qu'est-ce que tu fiches avec ça sur le dos ? »